Des citoyens de Fouka et Douaouda, soucieux de leur cadre de vie et de la protection de l’environnement dans leurs communes respectives, excédés par les nuisances du CET (Centre d’enfouissement technique) de Hamicia, situé dans la commune de Mahelma (daïra de Zéralda) poursuivent leur mouvement de protestation pour dénoncer les méfaits sur leur santé.

Après le lancement d’une pétition, pour exiger des mesures salvatrices pour protéger leur santé et leur environnement, des citoyens écolos, en guerre contre le CET depuis des mois qui pollue aussi l’oued Mazafran, ont augmenté la pression en allant carrément manifester aux abords de celui-ci durant la matinée de samedi. Le centre d’enfouissement technique de l’est de la capitale, implanté dans la localité de Hamici, dépendant de la commune de Mahelma (daïra de Zéralda), est devenu un véritable casse-tête pour les habitants qui ne supportent plus les mauvaises odeurs provenant de celui-ci sans compter le déversement dans l’oued Mazafran de certains rejets liquides qui vont, par la suite directement en mer au niveau des plages Colonel Abbes et Colonel Lotfi, causant un grave problème d’environnement au sens plein du terme. Les manifestants expliquent, depuis des semaines, que les municipalités de l’est de la wilaya de Tipasa sont en train de souffrir de la puanteur dégagée par le centre sans oublier la question de la pollution de l’environnement causée par la fuite du Lixiviat qui va, directement, en mer. Les habitants des municipalités concernées ont entamé leur mouvement par la collecte de signatures pour porter plainte avant d’organiser une protestation au siège du CET contre les nuisances et l’indifférence des responsables de ce centre qui ne font rien pour réduire les mauvaises odeurs et surveiller les camions transportant les déchets à travers les rues et la voie expresse de la wilaya de Tipasa, qui ont porté atteinte aux communes autrefois réputées comme destination touristique. Les manifestants dénoncent le laxisme des responsables à tous les niveaux qui ne se soucient guère du bien-être de leurs concitoyens et de la beauté de la région ou il aurait été préférable de construire des centres de loisirs et des réserves naturelles plutôt qu’un centre de traitement des déchets ménagers.
La directrice du centre d’enfouissement technique de Hamici, Lardjem Souhila a fini par réagir sur les ondes de la radio El Bahdja, reprise par radio Tipasa, appelant les protestataires à venir discuter pour trouver des solutions à tous les problèmes. Une journée portes ouvertes sur le centre sera organisée, selon elle, pour expliquer le fonctionnement de ce centre qui est l’un des rares en Algérie, en plus de celui d’Oran et de Corso à Boumerdés, qui est exploité de manière moderne et a souligné l’importance de ce centre qui répond aux normes en vigueur en matière de traitement, de tri et d’enfouissement des déchets ménagers. Après avoir expliqué que le CET est implanté sur le territoire de la wilaya d’Alger, celle-ci précise que la situation topographique du centre est influencée par les aléas climatiques et en particulier quand il y a du vent ou que le taux d’humidité est élevé ce qui donne des émanations et odeurs désagréables qui se dirigent vers le centre-ville de Douaouda et Fouka. Elle propose le numéro de téléphone du centre pour que les citoyens, incommodés par les odeurs, appellent et on procédera à l’épandage de produits pour détruire les mauvaises odeurs et à l’enfouissement plus important sous la terre végétale des déchets sans compter que l’EPIC a commencé à mettre sous terre des arbres brise-vent depuis le mois de mars pour limiter les dégâts. Une coordination est utile avec les responsables locaux et les citoyens protestataires pour trouver des solutions d’autant, reconnaitra-t-elle, même les habitants de Mahelma et de Zéralda sont touchés par le même phénomène, seulement quelques heures par jour, mais pas 24 h sur 24h.

Appel au dialogue
Concernant la pollution touchant l’oued Mazafran, la directrice de l’EPIC précise que la photo du déversement, publié par les manifestants sur leur page Facebook, concerne une canalisation détériorée et qui est en cours de réparation. Pour une bonne prise en charge du problème, elle appelle à la mise en place d’une commission indépendante pour régler tous les problèmes et trouver des solutions qui arrangent les deux parties, en attendant la réalisation d’une unité de traitement des eaux usées d’une capacité de 400.000 m3 jour qui viendra en appoint aux deux autres opérationnelles qui traitent 200.000 m3 jour selon la même responsable. Opérationnel depuis septembre 2014 (pour une durée de vie de 15 ans), le centre d’enfouissement technique de Hamici qui compte un espace d’enfouissement des déchets, des unités de tri, un réservoir d’eau, une unité de traitement des déchets et un bassin de récolte des eaux pluviales, traite jusqu’à 10 millions de tonnes de déchets par an. A ce jour, un casier d’une capacité de 1.600.000 tonnes de déchets a été réalisé sur les six autres réservoirs prévus. Implanté dans la commune de Mahelma à l’ouest d’Alger sur une superficie globale de 95 hectares, le centre d’enfouissement technique (CET) de Hamici est un réceptacle des déchets ménagers et assimilés provenant des 34 communes de la wilaya d’Alger pour une population avoisinant les 1,5 million d’habitants. Le coût de réalisation du CET de Hamici était de 3,413 milliards de dinars, dont 9 millions pour l’étude de l’impact environnemental, 3,048 milliards de dinars pour l’aménagement de la première phase du centre, 55,861 millions pour le suivi et le contrôle des travaux de la première phase et 300 millions de dinars au titre de l’indemnisation de l’assiette du projet.
Selon un document du ministère des Ressources en eau, le premier casier mis en service est d’une capacité de
1 800 000 m3 de déchets pour une durée de vie de 5 ans. La quantité moyenne de déchets réceptionnés est estimée à 1750 tonnes/.
Cette infrastructure permet de faire le tri d’une quantité de déchets estimée à 600 t/j, précisant que les catégories de déchets récupérés sont le PET, le carton, l’aluminium, le fer, le PEHD et le film plastique. Son importance pour le traitement des déchets des 34 communes de la wilaya d’Alger a amené les responsables du ministère à songer à son extension. Ainsi, la construction d’un nouveau casier de 13,8 ha avec une capacité d’enfouissement d’environ trois millions de m3 de déchets ménagers a été lancée en 2016. Il est prévu aussi la construction d’une autre station de traitement des Lixiviat (Osmose inverse d’une capacité de 120 m3/J). L’extension du CET du Hamici ne s’arrête pas à sa phase II. Il est envisagé une phase III de l’extension de ce CET que les citoyens contestent et rejettent d’emblée pour ne pas aggraver le problème.

L’oued Mazafran, un puissant foyer de risques de MTH
Le problème de la pollution de l’oued Mazafran (Zéralda) a fait l’objet, l’an dernier, d’une visite d’une délégation de la commission interministérielle de lutte contre les maladies à transmission hydrique (MTH), qui a présidé une réunion à Tipasa suite à l’épidémie de choléra qui a touché 18 personnes dans la commune d’Ahmer El Aïn. A cette occasion, les responsables de l’hydraulique ont tiré la sonnette d’alarme sur la situation de l’oued Mazafran, un réceptacle des eaux usées d’Alger, de Blida et de Tipasa, qui se déversent directement en mer, à Douaouda, faisant courir aux citoyens et surtout aux baigneurs des risques sanitaires énormes. Lors de cette rencontre, le directeur de la santé publique a, de son coté, insisté sur le rôle du laboratoire d’hygiène de la wilaya de Tipasa qui souffre d’un manque de milieux de cultures qui coûtent chers et bloquent le déploiement de celui-ci à travers la wilaya ainsi que sur la nécessité de redynamiser les BCH qui sont dépourvus de moyens matériels, tels que les véhicules pour le déplacement des équipes sur le terrain. Les responsables de la wilaya ont expliqué que, malgré les nombreuses propositions faites depuis plus d’une décennie quant à la nécessité de prendre en charge la dépollution de l’oued Mazafran, rien n’a été fait à ce jour. La situation devient, de plus en plus, alarmante en raison du volume important d’eaux usées qui y est déversé provoquant des risques de propagation de maladies diverses. Le problème, ont-ils plaidé, a besoin d’une prise en charge régionale puisqu’il implique au moins trois wilayas. Les rejets de la zone industrielle de Koléa ne sont pas très importants, selon eux, même si un travail de sensibilisation est fait au niveau des opérateurs industriels, mais le gros des rejets vient de Blida et d’Alger.
L’installation de digues, pour minimiser les dégâts des déversements près des populations et la zone d’activités, sont des mesures palliatives qui, hélas, ne suffisent pas à prendre en charge le problème dans sa globalité et finiront, un jour, par déborder et provoquer des dégâts.
Pour les membres de l’exécutif de la wilaya de Tipasa, l’oued Mazafran a besoin d’une prise en charge comme cela a été fait à l’oued El Harrach, la direction de l’hydraulique a demandé l’inscription d’une étude pour sa dépollution et son aménagement pour un montant de 100 millions de da. La demande est renouvelée, chaque année, mais la wilaya attend toujours son inscription qui ne peut être que bénéfique pour l’hygiène publique au lieu d’attendre un drame et d’agir en catastrophe.

Où en est le projet du plan de gestion de ce site ?
Il faut rappeler qu’au-delà des risques sanitaires, nombreux sont les opérateurs économiques de la zone industrielle du Mazafran qui ont été contraints d’arrêter, quelquefois, leurs activités et de mettre leurs personnels en congé forcé, en raison du débordement de l’oued et des inondations qui touchent la région. Il faut signaler que l’oued Mazafran déborde, en période pluvieuse et, par conséquent, la zone d’activités industrielle de Koléa est touchée au niveau même des unités de production, ce qui a provoqué, selon les industriels, des pertes estimées à plusieurs dizaines de milliards de centimes. Un programme de protection de la zone est plus que nécessaire, voire urgent, selon eux, afin de préserver l’outil de production et les emplois. Le plan de gestion du site a été lancé en grande pompe par le département de l’environnement du temps d’Amara Benyounes, mais, depuis, plus rien le projet semble mis sous les boisseaux.
Il faut se souvenir que l’oued Mazafran a été choisi, par le département de l’Environnement il y a quelques années, lors de la célébration de la Journée mondiale de l’Environnement au cours de laquelle a été annoncé la mise en place d’un plan de gestion afin « de sensibiliser les élus locaux, les industriels, les agriculteurs et la société civile », acteurs concernés par la problématique de l’eau.
Le site de Mazafran a été choisi parmi les dix zones humides prioritaires, retenues par le ministère de l’Environnement, pour être doté d’un plan de gestion. « Connaître pour aimer, aimer pour protéger » a été le slogan et le fil conducteur de cette journée qui s’est donnée pour objectif, d’expliquer, in situ, à travers un itinéraire de randonnées et d’observations de la flore et de la faune, l’importance et le rôle des zones humides, et la mise en exergue du lien entre l’eau, le maintien des conditions de la vie, et les zones humides, mais aussi l’interdépendance vitale entre l’eau et les zones humides ».
Les manifestations citoyennes, qui ont connu un regain d’activités dans la wilaya de Tipasa, en particulier à Douaouda et Fouka contre le CET Hamici et la pollution du Mazafran, à Nador pour les carrières du Chenoua et ceux des habitants de Ahmer El Aïn qui ont protesté contre l’implantation d’un CET aux abords de leur commune alors qu’il dépend de Blida, feront-elles bouger les choses et sont-elles un signe avant-coureur d’une prise de conscience sur la nécessité de protéger l’environnement et de la biodiversité dans l’intérêt de tous.