Les Etats-Unis vont tenter une médiation entre la junte militaire soudanaise et la contestation. Leur secrétaire d’Etat adjoint chargé de l’Afrique, Tibor Nagy se rendra dans les prochains jours à Khartoum pour appeler l’Armée au pouvoir et les représentants de la contestation à la «reprise» du dialogue.

Au deuxième jour (10 juin ndlr) du mouvement de désobéissance civile lancé par la contestation qui entend maintenir la pression sur les généraux au pouvoir malgré un durcissement de la répression, le département d’Etat a précisé lundi que l’émissaire « appellera à la fin des attaques contre les civils». Dans le même temps, l’alliance des Forces pour la liberté et le changement (DFCF), organisation de l’opposition, s’apprête à proposer au Conseil militaire de transition au pouvoir depuis la destitution du président Omar el-Béchir, le 11 avril dernier sous la pression du mouvement de contestation lancé le 19 décembre, les noms de huit membres pour un conseil de transition visant à une transition démocratique. Entre les deux parties, les pourparlers se sont interrompus en raison de la répression menée la semaine passée contre des manifestants qui occupaient un campement devant le siège de l’état-major de l’Armée dans le centre de la capitale Khartoum. La répression a fait depuis le 3 juin 123 morts et plus de 500 blessés, la majorité dans la dispersion, il y a une semaine, du sit-in devant le siège de l’Armée, d’après un comité de médecins proche de la contestation. Les autorités estiment à 61 le nombre de morts, dont 49 par des « tirs à balles réelles» à Khartoum. Dans ce contexte, le Conseil militaire de transition a annoncé lundi soir dans un communiqué diffusé par l’agence de presse officielle Suna l’arrestation au sein des forces régulières de plusieurs personnes en lien avec cette dispersion sanglante. Il n’a précisé ni leur nombre, ni leur fonction, ni de quoi elles sont soupçonnées. Une journée auparavant, le dimanche 9 juin, son chef, le général Abdel Fatah al-Burhan, a annoncé la mise en retraite d’office d’une centaine d’officiers dont la plupart sont des hauts gradés dans le domaine de la sécurité et des renseignements. Le porte-parole du service de sécurité et du renseignement a indiqué que cette mesure est « routinière » et qu’elle « s’applique, annuellement, à toutes les forces sécuritaires ». Les opposants y voient des signes de division à la tête de l’appareil militaire. Par ailleurs, des médias officiels ont annoncé la « libération » du dirigeant rebelle Yasser Arman, chef-adjoint du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM-N), et de deux de ses camarades, Ismaïl Jalab et Moubarak Ardoul, interpellés en pleine répression de la contestation la semaine passée. Mais M. Arman a indiqué à un correspondant de l’AFP à Juba qu’ils avaient en fait été « expulsés » vers le Soudan du Sud et non pas « libérés ». Le SPLM-N fait partie de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance du mouvement de contestation.n

Khartoum toujours au ralenti au 3e jour de désobéissance civile
Commerces et entreprises restaient fermés hier à Khartoum au troisième jour d’un mouvement de désobéissance civile lancé par la contestation, qui entend maintenir la pression sur le Conseil militaire de transition malgré la répression pour obtenir un transfert du pouvoir aux civils. Une semaine après la dispersion sanglante d’un sit-in de manifestants devant le QG de l’Armée dans la capitale, le pays a été presque totalement coupé du monde lundi, avant le rétablissement dans la nuit des lignes de connexion internet de Sudatel, le principal fournisseur d’accès au Soudan. En réaction au lancement du mouvement de désobéissance civile, l’Armée avait promis dimanche un «renforcement de la sécurité», en accusant la contestation des «récents et malheureux incidents» et de «l’obstruction des routes». Hier matin, des autobus des transports publics étaient visibles avec des passagers à bord dans certains secteurs de la capitale mais les principaux quartiers d’affaires de Khartoum étaient fermés et la circulation réduite, selon un correspondant de l’AFP.