Pour la banque américaine Goldman Sachs Group, l’incertitude entourant les fondamentaux de l’offre et de la demande de pétrole rend plus difficile une conciliation des positions russe et saoudienne autour d’un nouvel accord sur la limitation de la production.

Les membres de l’Opep et leurs alliés non-Opep devraient se réunir fin juin, après la réunion de l’Opep prévue le 25 juin à Vienne, pour décider de l’extension ou non de l’accord de réduction de l’offre conclu le 7 décembre dernier. Ce dernier portait sur une réduction journalière de 1,2 million de barils, à raison d’une coupe de
800 000 barils/jour dans l’offre de l’Opep et de 400 000 barils/jour dans la production des pays non-Opep, dont la Russie, qui a hérité d’une réduction de 280 000 barils/jour. Cet accord, mis en application depuis janvier dernier, court jusqu’à fin juin. Les deux poids lourds du marché pétrolier, l’Arabie saoudite et la Russie et l’occurrence, partenaires dans l’Opep+, ont entamé depuis peu des négociations au sujet de la prolongation des accords de limitation de l’offre. Ces deux piliers de l’accord du 7 décembre dernier se sont retrouvés la semaine dernière à Moscou, représentés par leurs deux ministres de l’Energie. Ils ont affirmé que les négociations continueraient notamment lors du G20, prévu fin juin au Japon avant de se retrouver autour d’une table de négociations où siègeront l’ensemble des pays signataires dudit accord. Une note d’appréciation de Goldman Sachs fait croire que les divergences entre la Russie et l’Arabie Saoudite sont flagrantes et qu’un consensus est à l’heure actuelle presque improbable sur l’extension de l’accord. D’autant plus que l’incertitude demeure parfaite sur l’évolution future des fondamentaux du marché. La croissance actuelle de la demande, plus que jamais capricieuse, «ne plaide pas en faveur d’un quelconque retrait de l’accord de production. Elle n’est pas non plus suffisante pour prétexter le renforcement des coupes», a déclaré Jeffrey Currie, responsable de la recherche sur les produits dérivés chez Goldman Sachs, interviewé par Bloomberg à Saint-Pétersbourg (Russie). L’incertitude entourant les exportations iraniennes, combiné à la production croissante de l’offre américaine en pétrole de schiste, fait qu’il est «de plus en plus difficile de savoir quels sont les niveaux de production en mesure d’équilibrer le marché». Alors que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés se préparent à discuter à nouveau du plafonnement de la production à Vienne, les analystes du pétrole s’interrogent sur les risques d’une offre excédentaire dans un contexte de ralentissement de la croissance de la demande. Cette baisse de la demande peut obliger le groupe à prolonger les réductions, un compromis dans lequel la Russie n’est encore pas prête à s’engager. D’autant plus que les stocks sont actuellement au plus haut niveau depuis la mi-2017.
Les experts de Goldman Sachs estiment néanmoins qu’il est habituellement « plus facile d’unifier une position autour de la production lorsqu’il y a une rupture de l’approvisionnement ou une forte demande. Or, dans un environnement incertain cela rend plus apparentes les tensions entre la Russie et l’Arabie saoudite ». Le ministre saoudien de l’Énergie, Khalid Al-Falih, a déclaré la semaine dernière qu’un consensus autour de la prolongation de l’accord est «presque prêt» pour l’Opep et que certains ajustements pourraient être apportés lors de la réunion avec les producteurs non-Opep. Le ministre russe de l’Énergie, Alexander Novak, a quant à lui adopté une approche attentiste, déclarant qu’il faudrait plus de temps et qu’une position unificatrice pourrait être élaborée à l’approche de la réunion de l’Opep+. La position officielle russe n’est pas encore claire. Le plus grand producteur de pétrole du pays, Rosneft, a averti qu’une extension de cet accord entraînerait une perte de part de marché au profit des Etats-Unis, alors que le ministre russe des Finances, Anton Siluanov, a déclaré que tout manquement à cet accord pourrait faire chuter les prix à 40 dollars le baril. En revanche, l’Arabie saoudite, qui a poussé en faveur de la prolongation de l’accord de réduction de la production, a besoin d’environ 85 dollars le baril pour équilibrer son budget cette année. Goldman Sachs maintient ses perspectives de prix à 65 dollars le baril au troisième trimestre de l’année et à 60 dollars le baril pour 2020. En l’absence de facteurs déstabilisants et/ou annonciateurs d’une nouvelle perturbation du marché pétrolier dans les prochaines semaines, l’Arabie saoudite pourrait l’emporter et le groupe reconduira les réductions avec une certaine flexibilité, selon Goldman Sachs.