Ahmed Ouyahia que d’aucun disait qu’il était la seule personnalité politique présidentiable durant l’ère Bouteflika semble entrer dans la tourmente. L’ex-Premier ministre est convoqué pour aujourd’hui par le juge enquêteur de la Cour suprême pour la première fois comme accusé.

Celui dont le nom revenait souvent depuis l’éclatement de la campagne judiciaire actuelle, probablement inédite dans l’histoire du pays, est visiblement dans l’œil du cyclone. Le nom d’Ouyahia n’arrêtait pas de paraître en filigrane et en clair dans les turpitudes judicaires qui touchent l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout. La montée fulgurante de ce dernier était souvent associée à Ahmed Ouyahia, et la vox populi considérait même l’homme d’affaires aujourd’hui incarcéré comme un prête-nom de l’ex-Premier ministre. Mais lorsque le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed a ordonné l’ouverture d’une information judiciaire à l’encontre de 45 personnes physiques impliquées dans l’affaire de l’homme d’affaires, Mahieddine Tahkout dont un ancien Premier-ministre, deux anciens ministres, un ministre en exercice et cinq anciens walis, il était évident qu’Ahmed Ouyahia en faisait partie. « Au vu de leurs fonctions à la date des faits », il a été décidé de transmettre les dossiers au Procureur général près la Cour d’Alger pour prendre les mesures nécessaires à leur encontre, indique le communiqué du procureur de la République. Les charges retenues contre ces personnalités sont loin d’être une mince affaire : « Blanchiment d’argent, transfert de biens obtenus par des faits de corruption à l’effet d’en dissimuler la source illicite dans le cadre d’un groupe criminel, dilapidation de deniers publics, abus de pouvoir volontaire à l’effet d’accorder d’indus privilèges ». L’institution judiciaire avait déjà ouvert des enquêtes touchant l’ancien Premier ministre et son fils dans des affaires de transfert d’argent, mais aussi de corruption et de trafic d’influence. Des faits plusieurs fois rapportés par les médias algériens. Déjà convoqué le 30 avril dernier par le tribunal de Sidi M’Hamed, Ouyahia a été auditionné en tant que témoin dans des affaires de dilapidation de deniers publics et d’abus de pouvoir. Parmi les affaires citées, il a été rapporté, entre autres, « l’accord d’une rallonge au crédit initial accordé à la famille Kouninef pour la réalisation d’une usine de trituration de graines oléagineuses, en construction à Jijel ». Selon des sources de médias nationaux, l’ancien Premier ministre a demandé, un mois seulement avant l’éclatement du mouvement populaire, aux banques publiques d’octroyer un crédit supplémentaire de 10 milliards de dinars à un projet qui avait déjà englouti 20 milliards de dinars en crédits. Au vu des multiples affaires où son nom apparait de manière récurrente, l’annonce d’une possible détention prochaine ne serait pas surprenante. Ahmed Ouyahia, un pur produit du système et surtout l’un des plus disciplinés de l’appareil d’Etat, pourrait bien payer de sa personne cette purge de l’après-Bouteflika. Un paradoxe lorsque l’on sait que le patron du RND n’était pas considéré comme faisant partie du cercle de Bouteflika. Son compagnonnage avec l’ex Président semble à l’évidence lui être aujourd’hui fatal. Particulièrement impopulaire pour avoir accepté les « sales besognes », Ahmed Ouyahia pourrait bien tirer un trait sur sa longue carrière politique dans les arcanes du pouvoir.<