Jamais depuis le début de la campagne menée par la justice contre la corruption, il y a deux mois, un tel nombre de responsables, anciens ou actuels ministres ont été appelés à la barre ou mis en détention provisoire. L’affaire Tahkout et avant elle l’affaire Haddad font défiler du monde devant la justice et ce ne sont que de grosses têtes dont les deux anciens premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal appelés à comparaître aujourd’hui et demain.

Dans l’affaire du patron de CIMA Motors, Mahieddine Tahkout, placé en détention lundi, pas moins de 19 personnes se trouvent actuellement en prison, tandis que 7 autres ont été placées sous contrôle judiciaire sur 45 impliquées. A l’ouverture de l’instruction préliminaire par la Gendarmerie nationale, elles étaient 56 personnes à être entendues par le procureur de la République.
«Notifié du dossier de l’affaire, le juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed, après avoir entendu les prévenus lors de la première comparution, a décidé de placer 19 suspects en détention provisoire, 07 autres sous contrôle judiciaire et de remettre 19 suspects en liberté, a précisé la même source, relevant que six (06) personnes morales en lien avec les activités du principal suspect ont été également accusées dans cette affaire», a annoncé, hier, le tribunal de Sidi M’Hamed, dans un communiqué signé par le procureur général Fayçal Bendaas. La même source a précisé que les personnes poursuivies pénalement sont «Tahkout Mahieddine, son fils et deux de ses frères, en sus de 38 fonctionnaires de différentes administrations publiques et services ministériels et 03 salariés d’entreprises appartenant à Tahkout». Cependant, ce n’est pas tout, puisqu’il y a encore 11 personnes dont le tribunal n’a pas la compétence de juger. «Un ancien Premier-ministre, deux anciens ministres, un ministre en exercice, 05 anciens walis et deux walis en exercice» qui, «compte tenu de leurs fonctions à la date des faits, il a été décidé de transmettre le volet de leur dossier au Procureur général près la cour d’Alger pour prendre les mesures nécessaires à leur encontre».
Blanchiment d’argent, trafic d’influence, dissimulation de source…
Et vu les chefs d’inculpation retenus, les peines pourraient être lourdes contre toute personne condamnée. En effet, le tribunal de Sidi M’hamed précise qu’elles sont poursuivies pour «blanchiment d’argent, transfert de biens obtenus par des faits de corruption à l’effet d’en dissimuler la source illicite dans le cadre d’un groupe criminel, incitation d’agents publics à exploiter leur influence effective et supposée dans le but de bénéficier d’indus privilèges, bénéfice du pouvoir et de l’influence des agents de l’Etat, des collectivités locales, des entreprises et institutions publiques de droit public et des entreprises publiques économiques ou des établissements à caractère industriel et commercial (EPIC) durant l’établissement de contrats et marchés à l’effet d’augmenter les prix et de modifier, en leur faveur, la qualité des matières, services et approvisionnement».
Quant à la deuxième affaire d’Ali Haddad, patron de l’ETRHB, qui se trouve en prison depuis fin mars, elle n’a pas fini de révéler ses secrets. Mais, tout indique qu’elle fera tomber des responsables et anciens hauts fonctionnaires de l’Etat, dans quelques jours, voire les heures à venir. Pour cause, les douze anciens hauts responsables, dont les dossiers ont été transféré le 26 mai dernier à la Cour suprême, devraient être auditionnés ce jeudi 13 juin, soit demain, ont rapporté hier des médias en ligne. Il s’agit, pour rappel, de Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal qui ont occupé le poste de Premier ministre, et de Abdelghani Zaalane, ancien ministre des Travaux publics, Amar Tou et Boudjemaa Talaie, deux anciens ministres des Transports, Karim Djoudi, ancien ministre des Finances, Amara Benyounes, président du MPA et ancien ministre du Commerce, Abdelkader Bouazghi, ancien ministre de l’Agriculture, de la Pêche et du Développement rural, Amar Ghoul, ancien ministre des Travaux publics, Abdeslam Bouchouareb, ancien ministre de l’Industrie, Abdelkader Zoukh, ex-wali d’Alger et Mohamed Djamel Khenfar, actuel wali d’El Bayadh. Sauf que pour Ghoul et Talaie qui sont respectivement sénateur et député, leur comparution reste tributaire de la levée de l’immunité parlementaire. Poursuivis dans le «cadre d’enquêtes préliminaires effectuées par la gendarmerie concernant des faits à caractère pénal», d’après le dernier communiqué signé par Belkacem Zeghmati, nouveau procureur de la Cour d’Alger, leur comparution est «liée à l’enquête en cours sur l’homme d’affaires Ali Haddad», d’après des sources citées par TSA.