Le tribunal de Sidi M’hamed et ses alentours ainsi que celui de Bir Mourad Raïs ont connu une agitation sans pareil ces derniers temps. Et pour cause ! Des hommes d’affaires connus à l’intérieur du pays et même à l’extérieur, dont Issad Rebrab, les frères Kouninef, Ali Haddad, Mahieddine Tahkout, ainsi que de hauts responsables soupçonnés de leur avoir accordé des privilèges pour la création d’entreprises et octroyé des marchés publics, dont l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia, l’ex-ministre des Travaux publics et des Transports Abdelghani Zaâlane, l’ex-wali d’Alger Abdelkader Zoukh, et de hauts cadres du ministère de l’Industrie, ont défilé tour à tour devant les juges d’instruction. Tous ces hommes d’affaires sont actuellement en détention provisoire, même si les chefs d’inculpation ne sont pas tous les mêmes et diffèrent d’un cas à un autre. Le résultat, en revanche, est le même : mise sous mandat de dépôt de l’ensemble des chefs d’entreprise entendus jusque-là par la justice.
S’il est indéniable que tous ceux qui ont spolié les biens de l’Algérie, donc du peuple, doivent rendre des comptes à la justice et restituer les biens mal acquis, il est également indéniable qu’en attendant que soient prouvés les faits qui leur sont reprochés, ils doivent jouir de la présomption d’innocence, un droit garanti par la loi fondamentale du pays.
Des hommes de loi expliquent qu’à la place de la détention provisoire, qui ne doit être qu’une mesure d’exception et non la règle, la loi prévoit d’autres formules pour s’assurer que les présumés coupables ne puissent pas échapper aux mains de la justice, dont la mise sous contrôle judiciaire ou le versement de cautions, par exemple, en fonction des griefs retenus contre chacun.
Sollicité par Reporters pour avoir son avis sur «ces scandales économiques», ainsi que leur impact sur le monde des affaires d’une façon générale, un avocat s’est montré particulièrement sceptique et réticent quant aux réponses à apporter dans ce genre d’affaires.
Il préfère d’abord préciser que n’ayant pas connaissance des éléments d’informations concernant les affaires en cours à part ce qui a été rapporté par les médias, il ne peut donc pas s’exprimer là-dessus. Il laisse entendre, cependant, que c’est à un véritable micmac auquel nous avons affaire.
«Nous n’avons pas d’éléments d’informations, la situation est très embrouillée. Nous avons droit à plusieurs versions de ces affaires, mais il n’y a pas de version officielle. En ma qualité d’avocat, je préfère faire des déclarations responsables. Il faut que j’ai des éléments en main pour pouvoir me prononcer ou donner mon avis sur telle ou telle affaire», commence par dire cet homme de loi qui a requis l’anonymat. Il explique, en revanche, que ce qui se passe au niveau du secteur de la justice n’est pas exceptionnel et que c’est même ce qui se passe, d’une façon générale, dans les pays qui connaissent des situations telle que celle que vit l’Algérie actuellement.
«Le défilé des hommes d’affaires devant la justice ressemble aux situations qui ont toujours accompagné les situations de changement ou de mutation du pouvoir en place. Ce sont des dossiers et des procédures qui sont en train d’être lancés à chaud», a-t-il souligné. Il est clair que cet état de fait n’est guère rassurant et notre interlocuteur estime que le climat des affaires qui règne actuellement génère, naturellement, «une grande inquiétude», du fait que «les gens sont dans l’expectative» et que «les hommes d’affaires attendent tous d’être interpelés ou convoqués pour des situations qui sont parfois tout à fait normales».
Il déplore même qu’il y ait «un climat de suspicion» et «d’invective qui règne un peu contre tout le monde, contre pratiquement tous les investisseurs et les cadres aussi bien du secteur public que privé».
Mais alors, dans ce cas, quel message l’Algérie est-elle en train d’envoyer à la communauté d’affaires nationale et étrangère ? «C’est un message qui n’est pas du tout rassurant», regrette notre interlocuteur. «On est en train de faire de l’acte d’investir un acte suspect, un acte ‘’potentiellement délinquant’’. Nous sommes en train de décourager les potentiels investisseurs, de les faire fuir», a-t-il ajouté non sans amertume.
«Ce qui est en train de se passer actuellement ressemble, certes, à des réactions à chaud et connues dans le genre de situation que vit l’Algérie, mais cela ressemble également à une sorte de chasse aux sorcières. Ce qui ne manquera certainement pas d’avoir un impact très négatif sur l’acte d’investir en Algérie, que ce soit à l’adresse des hommes d’affaires nationaux ou étrangers. La conséquence sera que tout ceci ne pourra qu’avoir un impact négatif sur l’économie nationale qui, pour l’heure, est loin d’être compétitive dans tous les domaines, le pays ne survivant que grâce à la rente des hydrocarbures», a conclu l’avocat d’affaires. n