La détention de l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout et plusieurs membres de sa famille a suscité la colère des travailleurs affiliés au groupe du patron de TMC (Tahkout Manufacturing Company), notamment dans le transport universitaire urbain et suburbain. Dès l’annonce de la nouvelle, les travailleurs du groupe ont entamé une grève paralysant le transport universitaire et perturbant le transport urbain et suburbain. L’homme d’affaires en question est le principal opérateur du transport des voyageurs en Algérie et qu’il détient un quasi-monopole du transport universitaire. Ses bus assurent le transport de la majorité de plus de 1 million d’étudiants algériens dans plusieurs régions du pays, le transport de voyageurs sur les lignes grandes distances et le transport urbain et suburbain à Alger.
Des voyageurs, notamment des étudiants, ont eu grand mal, hier, à se rendre à leurs lieux de travail et aux centres universitaires.
L’importance de certaines entreprises et le nombre de leurs employés ajoutent à la complication de la situation. Le rôle central et décisionnaire des principaux responsables à la tête de ces entités fait en sorte que les entreprises sont déstabilisées après ces incarcérations. La connotation médiatico-politique de cette vague de détentions n’est pas pour rasséréner les travailleurs. Les travailleurs de l’Etrhb (Entreprise des travaux routiers, hydrauliques et bâtiments) appartenant à Ali Haddad, lui aussi mis sous mandat de dépôt depuis début avril, sont depuis hier une grève au niveau du chantier de l’autoroute Chlef-Ténès, réclamant «le versement de leurs salaires non payés depuis plusieurs mois». L’Etrhb Haddad risque ainsi d’abandonner le chantier, qui enregistre déjà un grand retard.
Les protestataires sont inquiets pour l’avenir du groupe privé de BTP en proie à d’énormes difficultés de trésorerie depuis, notamment, la chute de son principal responsable dans le sillage des bouleversements politiques dans le pays. Une vague d’inquiétude traverse l’entreprise qui emploie 7000 travailleurs. Les conséquences de l’incarcération à la prison d’El-Harrach du patron de l’Etrhb commencent à se faire sentir à des niveaux divers de ses activités. Le groupe a décidé de fermer l’une de ses chaînes de télévision, qui pourrait fusionner avec la seconde à partir du 25 juillet. Le groupe médiatique de l’homme d’affaires tente ainsi de faire face à cette «situation exceptionnelle». La famille Haddad a, également, décidé officiellement de se retirer du club de football USMA et de vendre la totalité de ses actions estimées à 92% du capital.
Pour rappel l’incarcération, en avril dernier, de l’homme d’affaires Issad Rebrab avait suscité la consternation et l’appréhension concernant l’avenir des emplois. L’entreprise qui emploie 18000 travailleurs est considérée comme le premier employeur privé en Algérie. Plus d’une centaine de travailleurs de Mediterranean Float Glass, une filiale du groupe Cevital, se sont rassemblés fin avril pour réclamer la libération de leur patron. Spécialisée dans la production et la transformation du verre plat, cette entreprise est le seul producteur de verre en Algérie. D’autres mobilisations, encore plus importantes des travailleurs de Cevital, ont eu lieu. Des dizaines d’employés du groupe Cevital, à Bouira, sont sortis dans la rue pour exprimer leurs inquiétudes. Les travailleurs du centre commercial Uno, de Brandt et de l’entreprise Metal Structure ont dénoncé une «injustice» dans le traitement fait à leur patron.<