L’instruction judiciaire ouverte dimanche contre l’homme d’affaires Tahkout Mahieddine, placé depuis hier en détention provisoire, ne va certainement pas se terminer de si tôt. C’est un défilé de responsables, de walis et d’anciens ministres qui sont désormais cités comme témoins ou inculpés dans ce qui semble être une nouvelle grosse affaire de corruption.

Hier, dans la matinée, le juge d’instruction près le Tribunal de Sidi M’hamed (Cour d’Alger) a ordonné, le placement en détention provisoire de Mahieddine Tahkout, son fils Bilal ainsi que ses deux frères Rachid et Hamid, suspectés d’être impliqués dans plusieurs affaires liées à l’obtention d’indus privilèges. Selon Maître Khaled Bourayou, membre du Collectif d’avocats chargé de la défense du patron de Cima Motors, Tahkout est accusé de « blanchiment d’argent, de détournements et d’accès à des privilèges ».
L’agence officielle APS a rapporté qu’il s’agit d’affaires liées à l’obtention d’indus privilèges par des cadres de l’Office national des œuvres universitaires (Onou) et du ministère des Transports dans l’affaire liée aux œuvres universitaires ainsi que par des cadres du ministère de l’Industrie et de l’Agence nationale de développement de l’Investissement (Andi), dans une autre affaire liée à la société Cima Motors. D’ailleurs, deux responsables, l’ancien directeur général de l’Onou et l’ancien président du Conseil d’administration de l’Etusa ont été mis sous mandat de dépôt par le juge d’instruction du même tribunal. A cela s’ajoute le défilé d’ex-ministres dont l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, qui a comparu devant le juge d’instruction. L’information rapportée par l’ENTV n’a pas donné plus de détails. L’on sait, par contre, que l’affaire Tahkout risque d’envoyer en prison plusieurs anciens ministres cités, à l’image de Boudjemaâ Talaie, ancien ministre des Transports, Youcef Yousfi ex-ministre de l’Industrie, Abdelkader Benmessaoud ex-ministre du Tourisme et Abdeslam Bouchouareb ancien ministre de l’Industrie. Des sources concordantes ont cité aussi les noms de quatre walis, dont deux ex-walis de Bouira, l’ancien wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, et l’ancien wali de Tizi Ouzou, Mohamed Bouderbali. Avec tout ce beau monde, l’affaire Tahkout va faire couler beaucoup d’encre. Mais, pas que ça, puisqu’elle est déjà au centre de la polémique. Son avocat parle d’une mise en détention provisoire
«injustifiée». «Pourquoi laisser cet homme d’affaires en prison avec ses frères et son
fils ? On a décapité une famille et on a laissé sur le carreau 14 600 travailleurs et qui, demain, n’auront personne pour signer leurs paies. Pourquoi n’a-t-on pas laissé le concerné sous contrôle judiciaire ? En quoi ça dérangerait ? », s’est interrogé Khaled Bourayou dans une déclaration à TSA. Me Bourayou, qui affirme qu’un appel sera déposé, a indiqué que devant le juge son client « a nié les accusations portées contre lui ».
Une ascension fulgurante
Ayant fait fortune sous le règne du président déchu Abdelaziz Bouteflika, le patron de Cima Motors est considéré comme l’un des plus importants financements de la campagne électorale pour le 4e mandat en 2014. Son réseau de concessionnaires automobiles distribue notamment les marques Hyundai, Opel, Chevrolet, Suzuki, Fiat, Jeep et Alfa Romeo. En 2016, la filiale Tahkout Manufacturing Company (TMC) entame l’assemblage de plusieurs modèles de Hyundai dans une usine implantée à Tiaret. Tahkout s’est aussi fait un nom dans le transport universitaire avec ses bus qui assurent cette prestation presque dans toutes les wilayas du pays. Ce qui avait fait couler beaucoup d’encre à ce sujet. D’ailleurs, des rumeurs ont circulé par le passé sur un lien avec Ahmed Ouyahia dans ce marché. Ce que l’ancien Premier ministre finira par nier. Le dernier terrain ciblé par Tahkout Mahieddine est le transport urbain, par la convention qu’il a signée avec l’Etusa, intégrant ainsi, avec ses bus, la flotte de l’entreprise publique. C’est dire que la justice ne pouvait donc que s’intéresser à cette ascension fulgurante de l’homme d’affaires. A rappeler que depuis deux mois, la justice mène une lutte acharnée contre la corruption, plaçant en détention plusieurs hommes d’affaires à l’image des Frères Kouninef, Issad Rebrab, patron de Cevital, et Ali Haddad patron de l’ETRHB.n