Alors que la date de la conférence nationale de la société civile, le 15 juin, approche à grands pas, les initiateurs de cette rencontre, à savoir le Collectif des dynamiques de la société civile pour une transition pacifique et démocratique, le Forum civil pour le changement et la Confédération des syndicats algériens, peinent à finaliser une feuille de route commune pour une éventuelle sortie de crise. Bien qu’ils se soient entendus sur le fond, à savoir l’impératif d’aller vers une période de transition avec une rupture totale avec le système, il reste de nombreux points de discorde sur lesquels la commission mixte travaille toujours en vue d’aboutir à un projet politique consensuel. Pour Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme, l’optimisme est de mise malgré les divergences d’opinions relevées à chaque réunion de travail. «D’emblée, les divergences étaient prévisibles du fait que nous sommes allés dans une démarche de recherche de consensus, regroupant des dynamiques de la société civile de plusieurs sensibilités. Ce qui, en soi, est un véritable défi», a-t-il estimé. Il poursuit : «Nous avons démarré avec trois feuilles de route pour dégager une seule feuille de route unitaire à présenter lors de la conférence nationale de la société civile, qui n’est pas une finalité pour nous. Il s’agit d’une étape pour consolider le travail entre différentes dynamiques et donner un cadre pour un long processus de construction d’un large consensus de la société algérienne, y compris avec les partis politiques.
Les membres de la commission mixte de travail ont pu dégager une première mouture qu’on a soumis à débat lors de la réunion du 8 juin dernier, et c’est déjà un exploit.»
Malgré les points de discorde qui ont empêché la finalisation de la feuille de route, Saïd Salhi a tenu à souligner les points de convergence. «Il y a beaucoup de points de convergence, dont la nécessité d’une rupture totale avec le système, la question d’être en phase avec le Hirak, car il est hors de question de ramer à contre-courant de ses revendications, bien au contraire, il faut consolider toutes les revendications légitimes du Hirak. Il y a aussi la nécessité d’amorcer une période de transition à même de permettre la mise en place des institutions et les moyens pour aller vers une expression de la volonté populaire de manière authentique, libre et transparente», a-t-il indiqué.
S’agissant des points sur lesquels les membres de la société civile n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente, Salhi a expliqué qu’ils concernent les échéances et la question de la révision de la Constitution avant d’aller vers la présidentielle, s’ajoute à cela la question des valeurs communes. Toutefois, le militant a affirmé que la rencontre a permis de «dégager quelques éléments» de consensus. «La réunion de samedi a été un premier exercice, car la société civile n’a pas l’habitude de travailler dans sa diversité et dans ses contradictions. Nous sommes 71 associations, entre syndicats, associations de défense des droits humains, associations féministes et de corporations. Arriver à dialoguer dans toute cette complexité est un véritable challenge. Ces points de divergences ne sont que des éléments de débat qui ne vont pas casser le processus de concertation», a-t-il assuré. Dans ce sens, le militant a indiqué que même la question du dialogue avec le pouvoir a été source de discorde lors de la réunion tenue samedi dernier, mais les participants ont pu dégager un terrain d’entente. «Il y a eu aussi des divergences sur la question du dialogue. Un dialogue qu’il faudra baliser avec des préalables, notamment avec la levée des interdictions, la révision des lois relatives aux associations, partis politiques et le code électoral. Il n’est pas question d’aller vers des élections sans avoir préparé le terrain et les conditions pour permettre aux Algériens, qui sont sortis dans la rue, de participer de manière active et effective à l’édification de l’Algérie de demain», a-t-il dit. «Je suis optimiste car les concertations sont toujours en cours, il n’y a ni rupture ni division. Il y a de la diversité, un débat contradictoire qu’on assume en tant que société civile. Le mouvement populaire a montré et balisé la voie vers le consensus, c’est à nous d’être à la hauteur de cet accomplissement et de le traduire en un projet politique consensuel qui va nous permettre à tous de vivre ensemble dans la diversité et l’acceptation de l’autre», a-t-il conclu.