Cette 55e édition de la finale de la Coupe d’Algérie de football, manifestation populaire par excellence, a vu des évènements sorti manifestement du cadre strict de la compétition sportive. Caillassage en règle de la tribune officielle, responsable sous haute surveillance et surexcitation des Gardes rapprochées, refus manifeste de certains joueurs de serrer la main au ministre lors de la remise et bousculement du protocole.

Ces dérives inopinées d’une manifestation censée être une fête de clôture d’une saison sportive disputée expriment d’une manière flagrante la situation d’instabilité et d’effervescence politique que vit actuellement le pays. Il est notoire que les enceintes de football en Algérie comme ailleurs sont des lieux d’expression politique au plus haut point. Des endroits où la parole est libérée. Des forums de contestation où le mal-être de toute une jeunesse et la mal-vie sociale sont souvent exprimés. Les chansons de stade aux textes d’une audace qui ferait pâlir les partis d’opposition sont devenus célèbres notamment chez les supporters des grands clubs de football du pays. Le mélodieux chant des aficionados de l’Usm Alger «La casa d’El Mouradia» est devenu quasiment l’hymne du Hirak, ce mouvement populaire de contestation qui exige le changement depuis le 22 février. Il y a lieu de rappeler que lors de la précédente édition de la Coupe d’Algérie jouée au stade 5-Juillet, le Premier ministre d’alors Ahmed Ouyahia a essuyé les quolibets et les insultes d’une partie des supporters. Un incident qui a déjà en son temps provoqué malaise et supputations. Le mouvement de contestation populaire n’avait pas encore éclaté, mais la colère couvait, dans les gradins les supporters avaient exprimé leur mécontentement envers le premier responsable du gouvernement en ce temps-là. Ce dernier avait alors fait part de sa contrariété accusant des personnes, sans les nommer, d’avoir payé « 2 000 ou 3 000 » supporters pour l’insulter.
Conjoncture explosive
La conjoncture politique explosive dans laquelle intervenait cette finale de football augurait déjà du pire. La délocalisation de la rencontre du 5-Juillet au stade Mustapha-Tchaker à Blida annonçait la couleur. Le pouvoir en grande difficulté face à une libération de la parole populaire absolument formidable semblait appréhender un évènement sportif particulièrement exposé.
La remise du trophée, acte protocolaire chargé de symbolique, devenant une obligation particulièrement risquée pour le représentant de l’Etat dont il aura la charge. Le fait de déprogrammer à la veille la présence du Premier ministre Noureddine Bedoui sonnait déjà comme l’expression du malaise et de l’appréhension des organisateurs. L’actuel Premier ministre est au cœur d’un rejet massif par les Algériens qui exigent son départ comme préalable à un début de règlement d’une crise politique aigüe. L’absence à cette cérémonie de remise du trophée de l’actuel chef de l’Etat et du chef du gouvernement était en soi un aveu de non seulement de l’impopularité de ses derniers, mais de l’incapacité de l’Etat d’organiser dans un minimum de sérénité et d’adhésion un événement sportif populaire. Confirmant une atmosphère délétère. L’inaptitude à organiser l’élection présidentielle annoncée pour le 4 juin n’était pas fortuite. Le jeune ministre de la Jeunesse et des Sports Raouf Bernaoui s’est retrouvé de fait confronté à une situation dans laquelle il allait assumer la représentation de l’Etat mais aussi du pouvoir.
La conjoncture n’allait pas lui être favorable. Le gouvernement actuel avec ses différentes composantes est particulièrement rejeté par le mouvement de contestation politique. Les ministres ont déjà du mal à assumer leurs activités régulières dans une conjoncture d’instabilité qui s’étend dans le temps. Il était prévu que les galeries des supporters allaient exprimer le mécontentement populaire envers un système que le Hirak vilipende chaque vendredi dans les rues du pays.
Les événements de cette finale pas comme les autres sont symptomatiques à l’évidence du niveau de déliquescence d’une crise politique inédite en mal d’issue.<