C’est le lieu d’un sport sacré et la voix de liberté consacrée. Là où le franc parler n’a pas de limites ni de règles. Là où la politique et l’hostilité aux responsables ne sont pas sacrilège. Les stades de foot et leurs gradins sont l’arbitre qui siffle et conspue en guise de contestation.
Une grogne qui ne connaît pas le bâillonnement. C’est le baromètre même de l’indignation. C’est la hantise de ceux qui se croient maîtres intouchables.
Des années durant, quand l’Algérien était cantonné et confiné dans un silence lancinant, les supporters se sont mués en supports pour la liberté d’expression évitant l’implosion. Plus qu’un défouloir, les antres de foot étaient les haut-parleurs qui appelaient à chasser les symboles d’une caste à l’hyper-pouvoir. Qui réclamaient la tête du monarque et son départ.
Qui incitaient et insistaient pour le déchoir. On a beau dire que ces jeunes sont l’incarnation de la déchéance. Que ce qu’ils proféraient n’était que «parolés parolés» d’insolence sans véritables conséquences. Nuance !
Les enceintes du sport roi se sont approprié la vocation de tribunaux géants où les responsables deviennent tout petits. Minuscules face à une fronde gigantesque. Un référendum à ciel ouvert là où le libre-parler n’est jamais verrouillé.
Ahmed Ouyahia, ancien chef du gouvernement, et Salim Raouf Bernaoui, ministre de la Jeunesse et des Sports, y ont connu le dédain et le terrible sort.
Celui des personae non gratae qui cherchent désespérément des poussières de respect à gratter.
En Algérie, le foot est un foutoir. Certainement. Le spectacle y passe au second plan.
Il n’est pas vraiment préoccupation. C’est plus une occupation et une occasion pour faire parvenir les doléances de la population. Le tout sans fraude et sans filtres sachant qu’on a souvent truqué les élections. Les travées sont l’urne à grande dimension. Elles sont la tombe des individus qui vivent de leurres et de prétention démesurée. Les stades, c’était, c’est et ça restera la salle de réa du soulèvement. Des catalyseurs annonciateurs de fin de règne.