En prévision de la conférence nationale de la société civile, annoncée pour le 15 juin, les trois pôles initiateurs ont tenu, samedi dernier, une réunion marathon qui a duré jusqu’à une heure tardive. Une réunion de travail durant laquelle il y a eu des débats parfois houleux et de nombreuses divergences d’opinions quant à certains détails de la feuille de route consensuelle.
Réunissant le Collectif des dynamiques de la société civile pour une transition pacifique et démocratique, le Forum civil pour le changement et la Confédération des syndicats algériens, le pôle a opté à l’unanimité pour une période de transition menée par une ou plusieurs personnalités nationales consensuelles pour une éventuelle sortie de crise.
Le débat est toujours ouvert concernant les mécanismes qui seront mis en place pour assurer et accompagner au mieux cette proposition. «Au tout début, notamment lors des premières rencontres, le débat a été centré sur le choix d’aller vers la révision de la Constitution avant ou après l’organisation de l’élection présidentielle. Mais la commission de rédaction mixte a travaillé, par la suite, sur une feuille de route consensuelle après avoir rassemblé les propositions de sortie de crise des trois pôles. Samedi dernier, Il y a eu un débat large, franc, mais aussi des rectifications et des critiques. Beaucoup de remarques n’ont pas été prises en considération par la commission de rédaction d’où le retard dans la finalisation de la feuille de route consensuelle», a indiqué Abdelouhab Fersaoui, président de l’association RAJ. Dans ce sens, le militant a avoué une certaine appréhension quant à la tenue de la conférence nationale de la société civile à la date fixée.
«La tenue de la conférence nationale est conditionnée par l’adoption d’une feuille de route consensuelle. Il y a aussi la question de la logistique que l’on doit prendre en considération. Il y a un risque qu’elle soit reportée», a-t-il dit. Il n’a pas manqué de souligner la difficulté de trouver un terrain d’entente entre les différents membres des trois pôles.
«Il y a plusieurs sensibilités dans ces dynamiques, c’est ce qui fait d’ailleurs la force de notre collectif. On a pu travailler ensemble et traduire le consensus déjà existant dans la rue. On essaye de faire des compromis, discuter entre nous pour trouver un consensus regroupant la société civile», a-t-il ajouté.
Les points de divergences relevés lors de la réunion concernent la période de transition.
«Il y a un débat sur les préalables, un débat sur les principes, et un débat sur les instances de transition», a renchérit Fersaoui.
«Une fois la feuille de route consensuelle finalisée au nom de la société civile, on ira la présenter à la société et à la classe politique dont les représentants, hélas, n’ont pas pu trouver un terrain d’entente. Nous avons le devoir d’aller vers eux pour créer un rapport de force nécessaire à l’encontre du pouvoir en place».
Pour sa part, M. Abderrahmane, président du réseau Nada, estime que le plus gros a été fait.
«Le projet d’aller vers une période de transition a été validée, nous avons installé le comité de préparation de la conférence nationale qui entamera son travail aujourd’hui. Certes, il y a eu des divergences d’opinions et des tensions, mais le plus important est que personne n’a quitté la salle, tous les participants se sont écoutés les uns les autres», a-t-il souligné. Pour l’après-conférence nationale, «il y aura une autre conférence avec les partis politiques pour aller vers un dialogue national avec les institutions de l’Etat, mais sans les dirigeants actuels.
Nous ne voulons ni Bensalah ni le gouvernement de Bedoui», dira-t-il. Concernant le contenu de l’édito du dernier numéro de la revue El Djeïch, qui compare la transition à une aventure, il estime qu’il s’agit d’une «vision», et que «tout le monde veut sortir de la crise et éviter d’aller vers l’aventure».
Concernant l’appel au dialogue lancé par Bensalah, Fersaoui reste catégorique : «Personne ne peut rejeter le principe du dialogue, mais pas tel qu’il est présenté par Bensalah et Gaïd Salah, car il ne répond pas aux attentes du mouvement populaire. On ne peut dialoguer avec les symboles du système rejetés par le peuple et qui continuent de réprimer des manifestants.»<