Il est désormais formel, le ministre saoudien de l’Energie, Khalid Al-Falih, a indiqué hier que l’Opep et ses alliés vont renouveler l’accord de réduction de la production. En marge du Forum de Saint-Pétersbourg, Khalid Al-Falih a souligné qu’un consensus en faveur de la prolongation de l’accord de limitation de l’offre est d’ores et déjà acquis au sein de l’Opep, mais qu’il va falloir mener des négociations avec les partenaires non-Opep.

Le ministre saoudien se voulait confiant et optimiste quant à la signature d’un compromis portant sur l’extension de l’accord conclu le 7 décembre dernier au-delà de juin 2019, date limite de son application. Les membres de l’Opep et une dizaine de producteurs non-Opep, dont la Russie, se sont imposés depuis janvier 2019 une coupe de 1,2 million de barils par jour dans leur production, à raison d’une baisse de 800 000 barils/jour de la production de l’Opep et de 400 000 barils/jour de l’offre des pays non-Opep.
Ce compromis, conclu le 7 décembre dernier à Vienne, court jusqu’à fin juin, alors que des rencontres se tiennent actuellement entre membres de l’Opep et des producteurs non-Opep afin de prolonger l’accord jusqu’à la fin de l’année. Officiellement, la Russie ne s’est pas opposée à l’extension de l’accord, mais des compagnies russes, dont Rosneft, ont indiqué qu’elles demanderaient au gouvernement russe des indemnisations si l’accord de limitation de l’offre venait à être prolongé au-delà de juin 2019. La Russie officielle se voulait prudente et indécise. D’ailleurs, en marge du Forum de Saint-Pétersbourg, Alexander Novak et Khalid Al-Falih se sont rencontrés et ont discuté de la prochaine réunion Opep-non Opep qui devrait décider de la prolongation ou non de l’accord de limitation de l’offre. « Nous avons eu une très bonne rencontre », a assuré Alexandre Novak, cité par l’agence RIA Novosti en marge du Forum de Saint-Pétersbourg. « Nous nous sommes mis d’accord pour adopter des mesures communes et coordonnées que nous allons proposer aux autres pays signataires », a-t-il ajouté. Mais si le ministre saoudien Khaled al-Faleh a affirmé être « sûr » que l’accord serait renouvelé, Alexander Novak, a quant à lui, affirmé qu’il était « nécessaire d’observer le marché avant de décider de renouveler ou de réduire les baisses de production », selon des propos rapportés par l’agence Bloomberg. En vérité, la position des deux poids lourds de l’accord, l’Arabie saoudite et la Russie, diffère légèrement ; Ryad souhaitant un prix élevé quitte à produire moins, tandis que Moscou semble hésiter à perdre des parts de marché en faveur des États-Unis. Même si le nombre de puits de forage de pétrole de schiste actifs aux États-Unis a chuté de 11 unités, à 789 puits, la production, elle, ne faiblit point. Elle s’est établie en moyenne à 12,4 millions de barils par jour (mbj), un nouveau record depuis que ces chiffres hebdomadaires sont publiés en 1983. Cette production évolue au-dessus de la barre des 12 mbj depuis plusieurs mois, faisant des États-Unis le premier producteur mondial d’or noir. C’est ce qui explique, en partie, l’hésitation russe à reconduire l’accord de réduction de l’offre car, du point de vue de ses responsables, la baisse de la production russe profite aux Etats-Unis dont la part de marché évolue à la hausse. En tout cas, les deux semaines à venir seront décisives pour les négociations autour d’un compromis en faveur de l’extension de l’accord de la limitation de l’offre.
A l’approche de la prochaine réunion de l’Opep, prévue le 25 juin à Vienne, les tensions entre l’Iran et les monarchies du Golfe ont grimpé d’un cran. Le ministre iranien du pétrole a indiqué, hier, que l’Iran « n’a pas l’intention de quitter l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (…) et regrette que certains pays membres aient transformé cette organisation en un forum politique pour s’en prendre à la République islamique et au Venezuela ». « Deux pays de la région font preuve d’inimitié à notre égard au sein de cette organisation », ajoute Bijan Zanganeh dans un entretien publié sur le site d’information du Parlement iranien Icana. « Nous ne sommes pas leur ennemi, mais ils font preuve d’inimitié à notre encontre (…) et utilisent le pétrole comme une arme contre nous sur le marché mondial. »
Zanganeh ne cite pas ces pays, mais fait clairement allusion à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis, qui ont promis d’accroître leur production de pétrole afin de compenser la baisse de l’offre de pétrole sur le marché mondial due aux sanctions américaines contre Téhéran.