Au lendemain de l’échec de l’option du 4 juillet, l’impasse semble s’être durcie tant deux mondes parallèles semblent toujours se superposer et deux discours qui ne s’entendent plus. L’institution militaire semble décidée à imposer un dialogue, dont le minimum de consensus fait toujours défaut. Dans le dernier édito de la revue El Djeïch, sous le titre « Sur la voie de la légalité constitutionnelle », la référence au dialogue est particulièrement réaffirmée comme moyen inéluctable, inévitable de sortie de crise. Sauf que le dialogue escompté continue à diviser sur sa nature et ses préalables. La transition est un mot qui ne suscite guère l’adhésion du côté de l’institution militaire. Pour cette dernière, la transition « ne pourrait que conduire à une situation encore plus difficile à maîtriser ». L’intransigeance du pouvoir, concernant le processus de sortie de l’impasse excluant l’engagement dans une longue période de transition, contredit, selon l’opposition, la volonté populaire d’entamer un vrai changement. Pour El Djeïch, il y a «nécessité d’engager le dialogue » en usant des « instruments constitutionnels ». L’insistance du pouvoir à vouloir rester dans un cadre strict de la Constitution pose déjà un certain nombre d’entraves qui ne feront qu’approfondir le fossé actuel. Pour les Algériens, qui s’expriment chaque vendredi dans le Hirak, la Constitution a été tellement malmenée auparavant par le même pouvoir, que cette insistance à rester dans son cadre leur paraît suspecte. Pour une partie de l’opposition, la crise est davantage politique et sa solution ne saurait être autre que politique. A cet égard, l’installation de l’instance indépendante chargée de l’organisation et de la supervision des élections sera probablement le grand défi à relever par le pouvoir. Réussir à convaincre les partis politiques et d’autres personnalités proches du Hirak, à s’engager sans préalable dans un processus de mise en place de cette instance, ne devrait pas être de tout repos. Pour l’Armée, élire le président de la République « dans les plus brefs délais » est l’urgence absolue. Ce n’est qu’après cette étape que le détenteur de la légitimité du peuple aura la latitude à mener les réformes qui s’imposent. D’où l’importance déterminante de l’élection présidentielle pour l’avenir du pays et celui de la revendication populaire pour un vrai changement.
Intransigeance du pouvoir VS la volonté populaire
Pour le 16e vendredi d’affilée, le mouvement populaire a exprimé sa grande déception face à un discours du chef de l’Etat Abdelkader Bensalah, qui n’avait apporté aucune évolution au blocage actuel. Selon l’édito d’El Djeïch, il est bien question de convier à la table du dialogue « des personnalités nationales et des élites sincères et fidèles à la patrie, afin de trouver une issue favorable qui satisfasse l’ensemble». Cependant, l’opposition est réfractaire à un dialogue imposé, voire mené, par le système actuel. Economiser du temps en réduisant la durée de la crise, proposer des initiatives sérieuses de sortie de crise et «neutraliser toute proposition destinée clairement à faire perdurer la crise », le pouvoir y croit dur comme fer. Les avertissements et autres menaces montent en intensité. «Les intentions malveillantes et les plans diaboliques, les dépassements outranciers et dangereux de certaines parties qui, suivant la logique des bandes, cherchent à abuser l’opinion publique», rappelle sévèrement El Djeïch. «L’utilisation immorale des médias, qu’il s’agisse de journaux ou de supports audiovisuels, pour construire des scénarii farfelus et distiller des mensonges venimeux, des informations erronées ou falsifiées, n’ont d’autre but que de voir la situation perdurer, voire s’aggraver». Les médias semblent ainsi dans le collimateur du pouvoir, qui leur reproche un discours allant dans le sens de la volonté populaire.
Pour l’institution militaire, seul le dialogue pourrait ouvrir la voie à une issue légale et constitutionnelle, garantissant l’organisation de l’élection présidentielle le plus rapidement possible. Mais la grande question reste de savoir comment convaincre les Algériens d’aller vers les urnes avec le même personnel politique, celui qui a aménagé la fraude durant le règne de Bouteflika ?n