En prévision de l’organisation de la conférence nationale de la société civile, prévue le 15 juin, les différentes dynamiques de cette dernière ont tenu, hier, leur quatrième et dernière réunion de travail avant le jour J en vue de peaufiner leur feuille de route. Une réunion marathon qui a duré toute une journée, ponctuée de longs débats parfois houleux.

En effet, de nombreux militants issus du Collectif de la société civile pour une transition démocratique et pacifique, le Forum civil pour le changement et la Confédération des syndicats algériens, se sont réunis hier à Alger avec en tête un seul objectif : sortir avec une feuille de route commune et, surtout, penser les mécanismes qui permettront au mieux une sortie de crise sans fracas et concordants avec les revendications du mouvement populaire. Deux options de transition étaient en discussion hier entre ceux qui proposent une constituante et ceux qui réclament d’aller vers une présidentielle. Après débat, ils ont opté pour la désignation d’une personnalité nationale consensuelle ou plusieurs personnalités qui seront chargées de conduire la période de transition et l’installation d’une commission nationale chargée de l’organisation et la surveillance des élections. « Le débat a vraiment été houleux et a duré de longues heures, mais heureusement, nous sommes arrivés à ce choix », a indiqué Boualem Amourra du Satef.
Et d’ajouter : « Il faut savoir que nous sommes à peu près une quarantaine d’organisations nationales, syndicats et associations, et trouver un terrain d’entente n’est pas une chose simple, surtout que nous ne nous sommes plus écoutés les uns les autres depuis 62. » Pour ce qui est de l’appel au dialogue, lancé par le chef de l’Etat Abdelkader Bensalah lors de son dernier discours, les dynamiques de la société civile restent sur la réserve en exigeant un dialogue dans un climat sain excluant les représentants du gouvernement actuel décriés par le peuple. Sadek Dziri, président de l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unepf) a affirmé : « Personne n’ignore qu’il est un des trois B rejetés par le peuple et dont le départ est demandé par le Hirak », a-t-il déclaré lors de la réunion d’hier. Cependant, le syndicaliste, et comme nombre de ses confrères, n’est nullement opposé au principe du dialogue en cas de conflit. « Le dialogue, qui a une valeur civilisationnelle indéniable, n’est rejeté par personne et personne ne nie que c’est la meilleure solution pour sortir des crises », a poursuivi
M. Dziri. Avant d’enchaîner avec une série d’interrogations : « Avec qui allons-nous dialoguer ? Avec les B rejetés par le peuple ? Quel sera le contenu de ce dialogue ? Comment sera-t-il organisé ? A quoi pourra-t-il mener ? » Sadek Dziri a, par la suite, appelé à un dialogue au niveau interne en vue de mettre en place les mécanismes pour un dialogue avec le pouvoir. « Nous allons commencer par un dialogue interne, entre nous, pour sortir avec des propositions et trouver ces mécanismes » par lesquels le dialogue avec le pouvoir pourra se faire. De son côté, Lyes Merabet, coordinateur national du Syndicat national des personnels spécialistes de la santé publique (SNPSSP), il campe sur ses positions en estimant qu’il ne peut y avoir de dialogue avec le gouvernement actuel qui doit partir illico presto. « Nous devons aller vers un dialogue avec l’institution militaire qui doit se porter garante du respect des revendications du mouvement populaire mais aussi à l’aboutissement d’une période de transition pacifique », a-t-il dit. En ajoutant : « Aller vers un dialogue avec les figures actuelles du système, c’est trahir le mouvement populaire. Nous sommes certes ouverts au dialogue mais nous avons des conditions à poser », a-t-il conclu.
Prévue samedi prochain, la conférence nationale de la société civile aura pour objectif majeur de sortir avec une seule proposition de sortie crise qui sera par la suite présentée aux parties politiques et au pouvoir.