De notre envoyé spécial à Annaba: Salim KOUDIL

Pour les annabis, les premiers à travers le pays à être sortis manifester le 22 février 2019, c’est eux. Ils y étaient, ce jour là, dès le début de la matinée. Une fierté qu’il répètent à chacune de leurs discussions. Trois mois et demi après, et malgré une chaleur suffocante,  les citoyens d’Annaba étaient présents au RDV, celui du 16e vendredi consécutif, pour envahir l’espace de leur ville, leur espace.

Cette fois-ci, il n’était pas question de manifestations matinales. Le rythme a changé depuis le début du mois de ramadan qui vient de s’achever. Les « sorties », c’est dorénavant après la prière de « djoumouâ ». Et c’était le cas. Comme d’habitude, depuis le 22 février, les marches se font autour de la fameuse place publique, « Le Cours de la Révolution ». Dès 14h, ils étaient plusieurs centaines de personnes à envahir les lieux et à scander des slogans hostiles au « pouvoir ». Au fil des minutes, ils étaient rejoints par d’autres groupes de personnes, venues de plusieurs quartiers de la ville. Les manifestants sillonnaient les artères du centre ville en réitérant l’essentiel des revendications exprimées depuis le début de la mobilisation citoyenne. La revendication d’un Etat civil était également mentionnée sur plusieurs pancartes et banderoles. Sans oublier de signaler les slogans dénonçant les appels à la division, et ceux incitant au régionalisme.

Vidéo réalisée par Salim KOUDIL

Les deux B, le Chef d’Etat, Abdelkader Bensalah, et le Premier ministre, Noureddine Bedoui, étaient les principales cibles des manifestants. Ces derniers répétaient à satiété que le changement ne pouvait pas se faire avec eux.  Sur les pancartes, et banderoles, brandies, les mots étaient clairs : il est demandé aux deux « B » de quitter leurs postes. Toutefois, ces derniers n’étaient pas les seules cibles de manifestants. Deux autres noms étaient également très cités. En premier lieu le vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaid Salah.

Photo: Salim KOUDIL

Haro sur les locaux

Le fait d’habiter dans la ville depuis plusieurs décennies ne l’a pas épargné des critiques et des cris d’hostilité. Un autre nom local était désigné à la vindicte populaire, celui du richissime affairiste de la ville, Baha Eddine Tliba. Devenu persona non grata à Annaba, le sulfureux député FLN est accusé de tous les maux. Des appels à sa comparaison devant la justice étaient d’ailleurs très nombreux.

Et les problèmes sociaux!


Photo: Salim KOUDIL

Mais la politique c’est aussi le social. Nombreux parmi les manifestants ont tenu à le rappeler. Pour eux le changement, « le vrai », dépasse amplement les débats sur la Constitution, ou sur la transition. « Je suis ici pour que la situation de ma famille et de mes proches s’améliorent » criait à qui veut l’entendre, un sexagénaire à bout de nerfs, qui ajoutera « je ne suis spécialiste ni en droit ni en politique, mais ce que je sais, c’est qu’à Annaba nous manquons d’eau depuis des années, et c’est devenu insupportable. Qu’on nous règle ce problème en urgence avant de causer sur des sujets non palpables ». Tous ceux qui étaient à ses côtés lui ont donné raison. Cette mutation attendue de la mobilisation citoyenne, celle de « capter » les aspirations de monsieur lambda, ne semble pas encore à l’ordre du jour. Pourtant, le temps n’attend pas…

@SalimKoudil