Le discours prononcé jeudi soir, au deuxième jour de l’Aïd, par le chef de l’Etat, n’a pas convaincu l’ensemble de la classe politique, notamment l’opposition, qui se déclare «déçue» par une lettre qui n’a pas apporté la «moindre nouveauté». Les partis de l’ancienne Alliance présidentielle ont exprimé, pour leur part, leur adhésion à l’appel au dialogue lancé par Bensalah.
Pour Soufiane Djilali, président du parti Jil Jadid, le discours du chef de l’Etat est une «reproduction du dernier discours du chef de l’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, le
28 mai à Tamanrasset», a-t-il déclaré à Reporters. « C’est vrai que le discours de Bensalah a abordé la question de l’élection et sa tenue à travers un dialogue, mais le problème essentiel reste celui de la confiance», a-t-il relevé. Dans le même sillage, il a plaidé la «nécessité du départ du gouvernement Bedoui et la mise en œuvre de vrais mécanismes pour le dialogue ainsi qu’un comité de sages qui puisse prendre attache avec tout le monde». «Bien que Bensalah doit, lui aussi, partir du fait que le peuple ne veut pas son maintien, le pouvoir ne veut pas lâcher le fil conducteur de la Constitution et veut à tout prix organiser l’élection présidentielle dans les plus brefs délais», regrette M. Djilali, pour qui «il faut des démarches plus sérieuses pour pouvoir s’extirper de l’impasse». Pour sa part, le président du parti El Fadjr El Djadid, Tahar Benbaibèche, dit être resté sur sa faim dans la mesure où le discours «n’a apporté aucune nouveauté», car figé à une feuille de route qui aura révélé toute son inadéquation avec la problématique posée par le mouvement populaire. «Ce discours n’a rien indiqué sur le gouvernement ainsi que sur la commission indépendante d’organisation et de contrôle de l’élection», fait-il remarquer, ajoutant qu’il n’y a que des promesses qui «ne peuvent pas satisfaire personne». Pour M. Benbaibèche, il est « impossible qu’une personne (Bensalah) qui a soutenu les quatrième et cinquième mandats de Bouteflika puisse conduire un changement». Et de faire remarquer que durant la «conférence nationale qu’il a organisée autour de la commission souveraine d’organisation de l’élection, aucun invité n’est venu. Comment voulez-vous alors qu’ils viennent participer à une élection que la même personne va organiser». Pour sa part, Lakhdar Benkhellaf, président du Conseil consultatif du Front de la justice et du développement (FJD), a considéré, dans une publication sur sa page Facebook, que «Bensalah s’est adressé aux Algériens à partir d’une autre planète», expliquant avoir décelé à la lecture dudit discours «des visées de résistance de la part du système».
De son côté, le président du RCD, Mohcine Belabbas, assure que «la situation exceptionnelle que vit le pays nous oblige à continuer à assumer nos responsabilités de citoyens». Cette citoyenneté assumée doit s’exprimer par «une mobilisation permanente et une présence massive dans la rue jusqu’à l’avènement d’un nouveau système politique», souligne le président du RCD dans un message aux Algériens publié sur les réseaux sociaux. Le Parti des travailleurs (PT) relève, quant à lui, et suite à la réunion du secrétariat permanent de son bureau politique, «le caractère provocateur du discours qui nargue les millions d’Algériens qui manifestent de manière continue depuis bientôt quatre mois pour le départ du système et de tous ses symboles». Dans le même communiqué, rendu public à l’issue de cette réunion, le PT considère qu’en appelant les partis et la société civile au dialogue, tout en s’attachant à l’organisation de l’élection présidentielle, il les invite donc à «l’accompagner dans une œuvre de sauvetage d’un système/régime anti-démocratique et obsolète». Le parti de Louisa Hanoune soutient que «le peuple mobilisé est en droit de prendre son destin en main en choisissant librement la forme et le contenu des institutions à mettre en place pour jouir de tous ses droits dans tous les domaines politique, économique, social, culturel… ». C’est pourquoi le PT réitère sa revendication portant sur «l’élection d’une Assemblée nationale constituante et souveraine à même de permettre à tous les citoyens d’être partie prenante de la naissance de la nouvelle République débarrassée de l’héritage du système actuel». L’oral du chef de l’Etat est, par contre, bien accueilli par le MPA qui a confirmé «sa disposition à apporter sa contribution pour la réussite de ce dialogue lancé par l’Etat algérien», se disant « convaincu» que la crise que vit actuellement le pays trouvera sa solution dans «une large et franche concertation entre les différents partenaires». Ce retour aux urnes, dans les meilleurs délais possibles, «devra être précédé par la mise en place d’une instance électorale indépendante qui aura pour mission de garantir la transparence et la liberté du prochain scrutin », indique le parti de Benyounès.
Même son de cloche chez le RND, qui adhère à l’appel au dialogue et à réunir les meilleures conditions pour une élection présidentielle honnête. Le parti d’Ahmed Ouyahia estime qu’il est «temps d’activer l’article
8 de la Constitution à travers l’élection d’un nouveau président de la République qui aura la légitimité de concrétiser le changement et les réformes demandés par le peuple».
Le FLN également souscrit à la feuille de route de Bensalah et fait part de l’impératif de «réunir les conditions en vue d’organiser la présidentielle dans les meilleurs délais». Son argument est que la présidentielle représente «la solution idoine pour sortir de la crise et éviter au pays de plonger dans les méandres des étapes de transition». «Le FLN est convaincu de la nécessité de s’engager dans un dialogue sérieux, sincère, serein et rationnel, à l’effet de réunir les conditions appropriées à l’organisation de l’élection présidentielle dans les meilleurs délais», a-t-il ajouté. n