Il est bien connu que lorsqu’un haut responsable est accusé de corruption, tôt ou tard, il perdra son poste. Ce qui pourrait bel et bien arriver à l’actuel président de la Confédération africaine de football (CAF), le Malgache Ahmad Ahmad.

Durant cette année 2019, Ahmad Ahmad est cité dans plusieurs affaires relatives à des transactions suspectes, à la corruption et au manque de clarté des contrats et autres. Pourtant, il s’était déclaré combattre la corruption de l’instance africaine en succédant au Camerounais, Issa Hayatou.
Le président de la CAF est sorti hier libre de sa garde à vue après avoir été interpellé à Paris, dans le cadre d’une information judiciaire pour association de malfaiteurs, corruption, abus de confiance et faux et usage de faux.
Le patron de la CAF, interpellé à Paris, jeudi 6 juin, par l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF). C’était dans le cadre d’une information judiciaire ouverte par la juridiction interrégionale spécialisée de Marseille, le 28 mai, est ressorti libre de sa garde à vue, sans poursuite à ce stade, a annoncé hier le procureur de Marseille Xavier Tarabeux à l’AFP. L’arrestation intervenait alors qu’Ahmad Ahmad se trouvait à Paris pour assister au congrès de la Fifa, qui a abouti à la réélection du président Gianni Infantino.

Puma sort ses griffes
Cette interpellation serait liée au contrat rompu unilatéralement par la CAF avec l’équipementier allemand Puma pour s’engager avec la société Tactical Steel, basée à La Seyne-sur-Mer. Une signature de contrat qui, selon l’ex-secrétaire général de l’instance continentale Amr Fahmy, aurait été favorisée par la proximité entre Ahmad Ahmad et un des dirigeants de l’entreprise française, et dont le surcoût atteindrait 830 000 dollars (739 000 euros). Dans l’affaire révélée jeudi, Puma, après rupture présumée du contrat de façon unilatérale, «a demandé une compensation de 100 000 dollars [près de 90 000 euros] mais la CAF n’a pas payé la somme», a exposé à l’AFP Amr Fahmy, l’ex-secrétaire général de la CAF.

Ahmad s’est déjà défendu
«Toutes les décisions ont été prises de manière collégiale» et «transparente», s’était défendu mi-avril le patron du foot africain. Ahmad Ahmad précise même que «Je ne suis pas responsable des questions financières au sein de la CAF. L’article 26 dit que le responsable des affaires financières est le secrétaire général lui-même. Je n’ai signé aucun chèque ni papier depuis ma présidence de la CAF. Amr est le premier accusé dans ce qui a été rapporté d’irrégularités financières, car il signe sur tout. De plus, et dans le même contexte, Ahmad Ahmed a admis avoir été inculpé de harcèlement sexuel à la CAF, mais a accusé Amr Fahmi d’avoir géré l’affaire.

Infantino se contredit !
En plus de ce qui vient d’être précisé ci-dessus, il se trouve que le président de la FIFA, Giovanni Infantino, qui est le principal soutien au président de la CAF dont il prend la force, a déclaré lors de l’interpellation du président de la CAF que La FIFA «prend note des événements présumés concernant M. Ahmad, qui est interrogé par les autorités françaises» pour des «allégations liées à son mandat de président de la CAF».
La fédération avait indiqué ne pas connaître «les détails» de cette enquête, ne pas être en mesure de «commenter» et avait demandé «aux autorités françaises toute information» qui pourrait intéresser sa «commission d’éthique».
Et justement, cette dernière information, montre bien que le président de la FIFA se contredit : comment se fait-il que la Commission d’éthique de sa propre instance internationale possède un dossier volumineux sur l’affaire alors qu’il se dit ne pas connaître les «détails» ?!

Les casseroles d’Ahmad Ahmad
Voici un résumé des affaires dans lesquelles Ahmad Ahmad est accusé : Elu en mars 2017 en lieu et place du Camerounais Issa Hayatou, une des premières décisions d’Ahmad Ahmad était d’augmenter le nombre de nations participantes à la Coupe d’Afrique des Nations, compétition reine de la CAF, et la décaler au mois de juin au lieu de janvier. Ce qui a été considéré comme pression sur les Camerounais qui devraient organiser la CAN de cette année avant qu’elle ne soit confiée à l’Egypte…
Au mois de janvier dernier, il avait déclaré avoir reçu 20 millions de dollars de la Fédération marocaine de football. Ce qui a été considéré comme une «prime», mais il avait démenti en indiquant que «c’est une aide de la fédération marocaine pour l’organisation des conférences, congrès et compétition au Maroc, au profit de la jeunesse africaine».
Fin janvier, il nomme le Marocain, Moad Hadji, coordinateur entre lui et le SG de la CAF, Fahmy. Ce qui a fait dire aux observateurs qu’il est sous la «domination des marocains» avec à leur tête le président de la Fédération marocaine de football, 3ème vice-président de la Caf et président de la commission finances de la CAF.

Les accointances avec le Maroc
Le 16 mars, il est interdit d’entrée aux USA pour la réunion du comité exécutif de la FIFA, sans qu’aucune cause ne soit annoncée avant que tout rentre dans l’ordre par la suite. Or, là, il y avait ce fameux dossier de corruption publié par le site Inside Wordl Football. Elle comportait l’affaire de Puma et Adidas dont il vient d’être entendu à Paris, puis celle d’avoir soudoyé 15présidents de fédérations africaines en leur versant dans leurs comptes 100 000 dollars. De plus, il avait accepté la proposition de Lekjaa, pour offrir des Omra à des présidents de fédérations musulmans lors du mois de Ramadhan 2018. Ce qui est contraire au Code de l’éthique de la CAF dans son article 136.
D’ailleurs, c’est le président de la commission finances de la CAF, le Marocain Lekjaa qui s’en est occupé. Et en matière de mauvaise gestion, la récente affaire du match à rejouer de la finale de la ligue des champions entre l’ES Tunis et le Wydad Casablanca n’est certainement pas la dernière bourde du président de la Caf et son comité exécutif.