Au seizième vendredi de contestation populaire, l’impasse est la marque la plus éclatante de la crise en ébullition depuis plus de trois mois. Le blocage politique tend à s’allonger dans le temps à la recherche d’une issue toujours introuvable.

Le discours du chef de l’Etat par intérim Abdelkader Bensalah, jeudi soir, a suscité la colère chez les Algériens qui y ont vu une énième provocation. Alors que l’on s’attendait à des mesures importantes qui auraient pu débloquer une situation qui devenait à la longue intenable, le discours creux de Bensalah ne fera que provoquer l’ire des Algériens qui ne comprennent plus cette obstination à refuser une solution d’ouverture.
Durant ce 16e vendredi du Hirak, les slogans refusant le dialogue avec Bensalah et l’appel à son départ se sont multipliés. Comme un énième référendum du vendredi. L’insistance à maintenir dans leurs postes respectifs des personnalités rejetées viscéralement par le peuple, en plein bourrasque politique, ne fait que compliquer toute possibilité de dialogue avec les représentants des partis et du Hirak. Une obstination qui met en péril le système même plus qu’elle ne le préserve. Le changement de certains responsables rejetés aurait pu avoir un effet rassurant sur un mouvement populaire qui ne demande que des garanties pour adhérer à un processus électoral inéluctable. L’argumentaire justifiant le maintien du dispositif en l’état, par des considérations constitutionnelles, ne convainc plus les Algériens. Le prolongement récent du «mandat» de M. Bensalah par le Conseil constitutionnel confirme, encore une fois, les libertés prises avec un texte fondamental qui aura été trop malmené. La question de l’organisation de l’élection présidentielle semble pour l’heure l’unique préoccupation du pouvoir. Pourtant, l’échec retentissant du scrutin du 4 juillet devait constituer une véritable leçon pour les décideurs qui voulaient imposer, par le fait accompli, un processus auquel la majorité n’adhère pas. La situation n’ayant pas évolué d’un iota, on ne sait pas comment le pouvoir pourrait imposer une nouvelle date des élections sans concéder de véritables garanties.
Dialogue, une répétition ?
Bensalah, qui a appelé à un dialogue consensuel large, avait l’air de se répéter tant ses propos ressemblaient à ceux déjà entendus concernant une conférence, à laquelle il avait appelé au début de son intronisation. Une conférence superbement boudée par l’opposition et le Hirak. Les jours à venir devraient en tout cas voir des indications concernant le fameux dialogue proposé par le pouvoir, ses modalités et son cadre. Lequel dialogue sera confronté au grand défi de convaincre dans une atmosphère d’incrédulité. Comment expliquer cette posture inébranlable du pouvoir qui s’apparente plus à un autisme dangereux pour l’avenir du pays ? Il semblerait que les décideurs, particulièrement réfractaires, n’entendent pas ouvrir le jeu au risque de perdre complètement le fil de la situation. Sauf que cet entêtement risque d’emporter tout le monde. Pour certains observateurs, il y avait même dans le discours de Bensalah une note d’avertissement envers un Hirak qui, décidément, « n’arrive pas à entendre raison ». La référence insistante à l’urgence de la situation et l’invitation appuyée à ne plus perdre de temps résonnaient dans la bouche du chef de l’Etat comme un avertissement de la dernière chance. En face, les Algériens ne l’entendent pas de cette oreille. Après un mois de Ramadhan, durant lequel le mouvement de contestation a gardé un minimum de mobilisation, la grande protesta reprend de plus belle. Le Hirak semble plus que jamais décidé à aller de l’avant pour imposer le changement que des forces semblent freiner des quatre fers. Les Algériens ont réaffirmé, en ce énième vendredi au lendemain des fêtes de l’Aïd, leur détermination à vouloir imposer de nouvelles règles du jeu. En attendant des mesures politiques, devenues aujourd’hui inévitables, comme gage de bonne volonté du pouvoir, la crise politique semble irrémédiablement se complaire dans une impasse de plus en plus dure.<