La présidente du Croissant-Rouge algérien (CRA), Saïda Benhabilès, tire un bilan satisfaisant du déroulement de l’opération de solidarité durant le mois de Ramadhan, qui a vu plus de 100 000 familles bénéficier d’aide et d’assistance. Elle émet, cependant, le souhait que cette solidarité, nullement nouvelle chez les Algériens, puisse se poursuivre au-delà du mois béni.

Reporters : Comment évaluez-vous l’opération de solidarité pendant le mois de Ramadhan ?
Saïda Benhabilès : L’opération était extraordinaire. C’est une fierté pour l’Algérie. Elle a traduit la véritable image du pays. L’opération de solidarité a pu couvrir tout le territoire national et a ainsi touché plus de 100 000 familles.
Mon souhait est que la solidarité continue après le mois béni. La solidarité est un comportement de tous les jours. Sans répit. La solidarité se trouve dans les petits gestes, un sourire, un mot gentil, rendre visite aux malades qui n’ont personne, etc. C’est la manière d’offrir qui compte et non pas ce qu’on donne. Les gens ne sont pas obligés d’avoir beaucoup d’argent pour partager. Je souhaite également que le jour viendra où nous ne trouverons personne dans la rue, notamment les enfants, le jour où les centres d’accueil seront vidés des personnes âgées, ce jour-là, nous pourrons dire que les Algériens reprennent la culture de leurs ancêtres.

Comment s’est déroulée la prise en charge des nécessiteux ?
Pour ce qui concerne le CRA, il a été sur le terrain pendant tout le mois de Ramadhan comme tous les jours de l’année d’ailleurs. Plus de 100 000 familles ont été prises en charge par le CRA. Là, je souligne que nous n’avons pas de budget. Nous ne bénéficions pas de budget de l’Etat depuis l’année 2014.
Nos actions de solidarité sont faites avec les dons que nous avons reçus de nos partenaires. Nous étions surtout sur la distribution des couffins à domicile. L’objectif de cette opération est de permettre aux familles nécessiteuses de vivre l’ambiance du mois béni. Nous comptons également des restaurants ouverts aux migrants, aux sans-domicile-fixe (SDF), passagers et ouvriers notamment dans le sud algérien.
Pouvez-vous évaluer la somme de ce que vous avez distribuée comme denrées et autres ?
Nous n’avons pas encore le chiffre exact de ce que nous avons dépensé. Nous l’aurons après l’Aïd.

Qu’en est-il de votre collaboration avec le ministère de la Solidarité nationale et d’autres associations de la société civile pendant le Ramadhan ?
Collaborer avec le ministère de la Solidarité nationale ? Non, nous ne touchons pas d’argent du ministère de la Solidarité. C’est un choix que nous avons fait. Nous avons retiré notre dossier depuis 2014, car nous avons décidé de vulgariser la culture de la solidarité et ne plus constituer un fardeau pour l’Etat. Mais nous collaborons, évidemment, avec d’autres associations de la société civile, qui se trouvent un peu partout. Ces associations pensent que le CRA a un budget, avec ces associations, nous essayons de partager ce que nous avons.

Vous avez effectué des visites de solidarité dans les zones défavorisées. Quel constat faites-vous ?
Le Croissant-Rouge algérien a relevé trois défis : le premier est l’autonomie financière, c’est-à-dire ne plus rester un fardeau pour l’Etat. Le deuxième est de parcourir les zones les plus défavorisées du pays et arriver là où personne n’arrive dans les petits coins et villages d’Algérie. Le dernier est d’être l’écho de ceux qui souffrent en silence.
Je me suis déplacée dans les villages perdus du grand Sahara. J’ai trouvé des gens dans une situation catastrophique. Des gens qui ne se plaignent pas mais qui souffrent en silence. Ces gens vivent dans un état physique, psychologique et social catastrophique. Entre autres, je souligne le cas des personnes défigurées, victimes des essais nucléaires des Français en Algérie en 1956. Ces gens souffrent encore. A ce propos, j’annonce que j’ouvrirai plus tard le dossier des conséquences désastreuses du colonialisme, une action que je mènerai au nom du combat humanitaire.