Fouad Boughanem n’est plus de ce monde. Il l’a quitté hier matin après avoir longtemps combattu une cruelle malade. Avec courage et cette discrétion qui lui était presque légendaire – sa marque de fabrique comme on pourrait dire -, il a résisté à son mal jusqu’au bout et sans bruit. Dans sa vie comme dans son travail, il n’en faisait d’ailleurs pas beaucoup, et pour un homme de presse, une profession si vulnérable au bavardage, c’est une grande qualité que d’avoir la sobriété des mots.
La voix qu’il portait ou qui lui importait plutôt est avant tout celle de son quotidien – le Soir d’Algérie – qu’il a dirigé pendant vingt ans après le départ de Zoubir Souissi, je crois. La parole qu’il énonçait, le plus souvent dans son bureau et à l’occasion de conversations dictées par l’actualité soudaine, donc impromptues entre gens du métier, est celle de son équipe éditoriale : ses consœurs et ses confrères qui, ensemble ou les uns après les autres, au fil des générations ou mobilités qui nous si sont familières, écrivent depuis trente ans l’histoire de leur canard et du pays.
Trente ans ! Ce n’est pas rien quand on se rappelle que tous ces journalistes, même ceux qui étaient déjà là au temps du parti et de la presse publique uniques, sont venus au monde après le choc et tragédie d’Octobre 1988. Ce n’est pas rien non plus quand on se souvient que parmi ces professionnels, certains n’ont malheureusement pas pu échapper au massacre de la décennie noire : le talentueux Mohamed Dorban, bien sûr, le professionnel et combatif Allaoua Ait Mebarek aussi…. Des plumes vives et coupantes d’intelligence dont Monsieur Boughanem – je l’ai entendu le dire au moins deux fois au tout début des années 2000 – était fier de les voir signer avec lui dans son journal ; et dont il évoquait l’endurance face au tremblement de cette Algérie qui nous épuise, mais qui, à chaque fois qu’on ne s’y attend pas et tel ce Dieu de la mythologie qui meurt et qui renait, nous fait rêver, danser même, surtout marcher comme depuis ce 22 février 2019.
Quand ce n’était pas le pays, quand ce n’était pas la politique et les récits du chargé de publication qu’il était – la formule est lourde quand on connait la difficulté de maintenir en vie un journal -, c’était cela Fouad Boughanem : un mec bien qui avait mille et une choses à raconter sur ceux qui, présents ou absents, travaillaient avec lui. Repose en paix, cher confrère.
Nordine Azzouz