Officiellement nommé directeur de l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (Aarc) en mars dernier, Abdelkader Bendamèche, anciennement président du Conseil national des arts et des lettres (Cnal), revient dans cet entretien sur la future activité de l’agence qu’il dirige, les programmes qu’il espère mettre en œuvre, notamment la promotion du patrimoine national et de la nouvelle scène créatrice. Le responsable annonce par ailleurs que le projet de fusion entre l’Aarc et l’Office Riadh el Feth, longtemps défendu par l’ex-ministre de la Culture Azzedine Mihoubi, n’était qu’une réflexion sans application officielle, en plus d’être « irréalisable ».

Par Khaled ZEGHMI

Reporters : Avant de revenir sur l’orientation que vous comptez donner à l’Aarc, pouvez-vous revenir sur le programme de formation aux arts destiné aux jeunes à la villa Dar Abdeltif ?
Abdelkader Bendamèche : En fait, nous avons souhaité marquer la Journée internationale de l’enfance en mettant en œuvre un programme d’initiation aux arts, destiné à des élèves d’école primaire. Nous avons fait appel à des étudiants de l’Ecole des beaux-arts pour l’encadrement de la soixantaine d’enfants que nous recevons. Le but est très simple, il s’agit d’initier, mais aussi de découvrir des talents. C’est à cette période, entre 6 et 9 ans, que les vocations apparaissent. Nous les laisserons peindre, dessiner, créer à leur façon… sous la supervision, bien sûr, de leurs encadreurs. Et aujourd’hui, ce n’est qu’un début, cette opération sera reproduite dans notre programme dès ce mois de juin. Par la suite, les inscriptions seront permises, les parents pourront offrir à leurs enfants des initiations à la pratique artistique, ici, à la villa Dar Abdeltif (El Hamma).

L’Aarc a également clôturé, ce samedi 1er juin, son programme culturel dédié au mois de Ramadhan. Le public a remarqué une forte présence du répertoire traditionnel…
Cela est volontaire, j’estime que pour toute programmation artistique, le mois de Ramadhan est synonyme de musique chaâbi, andalouse et, plus généralement, de répertoire traditionnel. Mais au-delà des styles mis en avant, nous avons surtout décidé d’aller vers les jeunes artistes, ceux qui constituent la relève. En ce sens, nous avons organisé l’événement « Lumière sur la nouvelle scène de la chanson chaâbi », qui part du constat que les jeunes artistes sont présents, travaillent mais qu’ils ont également besoin que les scènes leur soit ouvertes. C’est eux qui devront pérenniser l’identité que véhicule le patrimoine national. Nous avons donc fait appel à de jeunes artistes, en mettant à leur disposition des orchestres et la scène du Théâtre national algérien. Après le mois de Ramadhan, nous continuerons à suivre le parcours de ces artistes.

L’événement avait justement attiré un public important, envisagez-vous donc une suite à ce programme ?
Dès ce mois de juin, nous reprendrons le même concept pour un événement dédié, cette fois, au chant malouf, un genre où un grand nombre de jeunes artistes fait aujourd’hui son apparition. Et par la suite nous envisageons de mettre en lumière la nouvelle scène du chant gnawi et du patrimoine diwan. C’est un genre artistique qui porte en lui une atmosphère, un message qu’il est nécessaire de mettre en avant. Le diwan fait partie de nos traditions, de notre culture, nous le retrouvons dans toutes les parties du pays. A titre d’exemple, je viens d’une région de Mostaganem où la musique gnawie a toujours été présente.

Est-ce à dire que vous comptez orienter les missions de l’Aarc sur le patrimoine ? Ces programmations en donnent en tout cas l’impression…
Non, il s’agit de mettre en œuvres les textes qui régissent l’Aarc, ils précisent que nous devons œuvrer au rayonnement de la culture algérienne. C’est exactement ce que nous faisons en promouvant les artistes algériens résidant au pays, mais cela ne veut pas dire que nous ne ferons par appel aux artistes de la diaspora. Plusieurs programmes sont d’ailleurs prévus, il s’agira de les inviter ici en Algérie, mais en prenant aussi en compte les contraintes que cela implique. Je m’explique. Inviter un peintre avec ses œuvres à venir exposer en Algérie nécessite d’énormes moyens, des assurances et une organisation de plusieurs mois ; cependant, ce que nous pouvons faire est d’inviter un artiste à travailler en résidence, pourquoi pas ici à la villa Dar Abdeltif, et le rendu peut à l’issue des résidences constituer une exposition dédiée aux artistes de la diaspora.

Il s’agit donc d’une question de budget…
Cette problématique du budget se pose toujours, au moins depuis 2015 et la politique de restriction. Les budgets représentent peut-être aujourd’hui 10% de ce qu’ils étaient auparavant. Mais je pense que cela n’est pas une fatalité, nous avons des idées et la volonté de réaliser des choses et même sans argent s’il le faut.

Depuis plusieurs années, le ministère de la Culture avançait l’idée de fusionner l’Aarc et l’Oref en une nouvelle entité cumulant les deux missions. Où en est ce projet ?
Ce « projet » n’a jamais existé, du moins jamais comme projet officiel. Je crois davantage qu’il s’agissait d’un vœu pieux dans une volonté d’économiser sur les coûts de fonctionnement. Mais je crois aussi que beaucoup de personnes ne portaient par l’Aarc dans leur cœur. Ce n’est pas nouveau, on a toujours cherché à abattre l’Aarc. Par ailleurs, cette idée émise en 2016, appelant à intégrer l’Oref et l’Aarc dans une même entité, est à mon sens inapplicable, nous avons des missions totalement différentes. Mais il vrai que l’Oref avait été créé à l’origine avec la mission de faire rayonner la culture algérienne au pays et à l’étranger. Ce travail a été très bien fait dès 1984, mais par la suite, les vicissitudes de l’histoire, et surtout la décennie noire ont fait que les choses ont beaucoup changé. Et aujourd’hui, l’Oref n’a pas la place qu’il mériterait.

Vous nous précisez donc que l’Aarc continuera à exister. Quel rôle vous lui destinez et quelles seront ses missions ?
L’Aarc continue d’exister et cela est positif pour la gestion de l’activité culturelle. Nous avons des établissements, des écoles d’art, des théâtres… mais nous avons également besoin d’une agence telle que l’Aarc, qui est une sorte de courroie de transmission entres l’ensemble des structures, et qui propose également un travail de réflexion, d’organisation et de formation. Nos projets s’inscrivent dans cette optique et nous nous adresserons en priorité aux jeunes, en mettant en avant la nouvelle scène du chaâbi, et prochainement du diwan, et ensuite, du chant bédoui oranais et du chant bédoui de l’Est… Nous avons des jeunes qui travaillent, écrivent de la poésie, du chant. Ils ont besoin de promotion et qu’on leur ouvre les scènes, qu’on leur assure une publicité et surtout qu’ils rencontrent le public.