Avec l’annulation officielle par le Conseil constitutionnel des élections présidentielles prévues initialement le 4 juillet prochain, l’on passe irrémédiablement à une nouvelle phase de la crise avec ses multiples inconnues et ses inévitables inquiétudes. Se basant sur les articles 7, 8, 102 alinéa 6, 182 et 193 de la Constitution, le Conseil constitutionnel se projette déjà dans une deuxième phase en suggérant une nouvelle convocation du corps électoral par l’actuel chef de l’Etat. Ce dernier, qui résiste malgré un rejet massif exprimé notamment chaque vendredi par des millions d’Algériens dans la rue, constitue un élément inévitable de la résolution ou, c’est selon, de la complication de la crise. L’institution militaire, qui refuse visiblement d’imaginer une autre sortie de crise autre que par l’entremise du cadre strict de la Constitution, avec les mêmes acteurs rejetés par la population, se trouve dans l’obligation de réussir un nouveau pari. Il est incontestable que le mouvement populaire de contestation impose pour la seconde fois sa volonté. Après avoir fait échec à un désastreux cinquième mandat de Bouteflika, il oblige l’impossibilité d’une élection présidentielle. Une opération qui avait pourtant l’aval entier de l’Armée. Cette « réussite » du Hirak devrait désormais peser lourdement dans tout consensus futur. Le Conseil constitutionnel qui réaffirme la nécessité de réunir les conditions adéquates pour l’organisation d’une nouvelle élection se limite à rappeler les possibilités permises par la loi dont il fait probablement une lecture singulière. En attendant des éclaircissements, les perspectives qui se présentent après cette annulation officielle restent encore floues. Avec le maintien dans leurs postes des trois B, il reste particulièrement difficile d’imaginer un consensus sans lequel une élection présidentielle, dans les meilleurs délais, pourrait être extrêmement difficile à mettre en place. Reste à savoir si le chef d’Etat par intérim Abdelkader Bensalah particulièrement décrié par le Hirak poursuivra sa mission au-delà de la date limite prévue par les textes.
Bensalah devrait incessamment prononcer un discours autour duquel il annoncera la mise en place d’une plate-forme pour le dialogue dont l’objectif principal sera des élections dans un cadre consensuel. Il est évident que la grande interrogation qui reste pendante, c’est bien celle liée au consensus devenu de fait inévitable pour garantir la tenue du scrutin. Après avoir échoué à convaincre les Algériens à aller vers les urnes dans les conditions actuelles, il serait particulièrement désastreux pour le pouvoir de subir un énième échec. Le Hirak, qui insiste sur le départ préalable de certaines personnalités politiques exigeant des garanties pour des élections propres, réclame un véritable changement des règles du jeu et le respect du choix du peuple. Le Conseil constitutionnel rappelle qu’il revient «au chef de l’Etat de convoquer de nouveau le corps électoral et de parachever le processus électoral jusqu’à l’élection du Président de la République et la prestation du serment constitutionnel ». Une insinuation qui laisse transparaître l’idée de la continuation de Bensalah à la tête de l’Etat jusqu’à l’investiture du nouveau Président. Une perspective qui risque bien de constituer justement une pierre d’achoppement dans la recherche d’un consensus, passage obligé vers la mise en place d’un processus électoral ayant des chances d’aboutir.n