Le mouvement de contestation populaire aura finalement traversé le mois de Ramadhan en gardant sa vigueur et son dynamisme, déjouant les pronostics les plus pessimistes sur la résistance d’un mouvement inédit de la société algérienne.

L’adhésion populaire à cette déferlante de revendications politiques ne s’est jamais démentie et le Ramadhan aura eu valeur de grand test quant à sa solidité et sa force. Le Hirak, mouvement de contestation pacifique par excellence, continue voilà plus de trois mois à imprimer la scène politique nationale de l’après-Bouteflika. Bien que sur le plan de l’engrangement des acquis politiques, le bilan reste particulièrement mitigé vu le blocage qui caractérise la scène nationale, notamment depuis l’installation de Abdelkader Bensalah comme chef d’Etat par intérim, le Hirak est devenu un acteur inévitable pour la résolution de la crise. Sauf que la question de la représentativité demeure une pierre d’achoppement à tout processus de rapprochement. En face, ce n’est guère mieux. La question du dialogue reste pour l’heure empreinte de flou. Il reste difficile d’imaginer le cadre dans lequel pourrait évoluer ce dialogue et les acteurs qui y joueraient un rôle. La disponibilité affichée de l’institution militaire à aller dans cette voie, pour débloquer une situation qui menace l’intégrité et l’avenir du pays, ne suscite pas encore le déclic escompté. L’annulation officielle attendue
de l’élection présidentielle du
4 juillet prochain devrait constituer le passage vers une phase nouvelle de la crise. Au lendemain de la fête de l’Aïd, la contestation politique devrait reprendre de plus belle pour rappeler que l’Algérie est bien en crise et que les prémices d’une sortie ne sont pas encore apparues.
Dialogue en péril
Après plus de trois mois de crise politique aiguë, entrecoupée d’évolutions diverses, il est un élément qui reste patent, la persistance dans leur poste de personnalités politiques particulièrement décriées par le Hirak. Le chef de l’Etat par intérim Abdelkader Bensalah, le Premier ministre Nourredine Bedoui et le toujours président de l’APN, Moad Bouchareb. Parmi ses derniers, aucun ne s’est résolu au départ ou à la démission sous une pression populaire insoutenable. La persistance dans leurs postes respectifs des trois personnalités politiques les plus rejetées du Hirak est à l’évidence un élément constitutif de la crise. L’option Bensalah, soutenue de façon franche par le chef d’état-major Gaïd Salah, aura finalement été un grand échec. La mission pour laquelle a été désigné l’ex-président du Sénat, à savoir l’élection présidentielle dans les trois mois, n’étant pas réalisée, le rôle politique de Bensalah semble irrémédiablement désactivé. Comment ces trois personnalités, dont les noms reviennent de façon la plus détestable depuis le 22 février avec insistance chaque vendredi, continuent à résister ? Le pouvoir a-t-il besoin de garder ces personnalités dans leurs postes respectifs quitte à mettre en péril toute idée de dialogue ? L’insistance des trois personnalités, malgré le rejet populaire massif, renseigne déjà sur la valeur et la considération données à l’opinion du moins à une majorité d’Algériens. Les manifestations monstres de chaque vendredi constituent sans nul doute autant de référendums en direct live, rejetant tout rôle à ces personnes dans toute transition future. Il est clair que la persistance des trois «B» dans leurs postes respectifs constitue un véritable verrou qui empêche une rapide sortie de crise, ou du moins l’esquisse d’un début de dialogue véritable et consensuel. <