L’écrivain Anys Mezzaour, invité mardi dernier à la librairie Media Book, est revenu en présence d’une dizaine de lecteurs sur l’évolution de son style d’écriture au fil de ses quatre ouvrages publiés entre 2013 et 2018 chez l’Enag et Casbah, mais surtout sur le genre fantaisie qu’il a privilégié pour ses trois premiers titres. Un style littéraire presque totalement absent des catalogues des éditeurs algériens.
En effet, lors de la rencontre animée par Abdelhakim Meziani, ce dernier fera remarquer qu’au-delà de son jeune âge ou de son lien de parenté avec Kaddour M’Hamsadji, ce qui retient chez Anys Mezzaour, c’est avant tout la qualité de son travail et sa capacité à innover. L’écrivain, qui a publié son quatrième ouvrage édité par Casbah en novembre dernier «Entendu dans le silence», marque, avec d’autres, une nouvelle étape de la littérature algérienne, une nouvelle génération qui se détache de plus en plus du seul contexte algérien, ou du moins d’une «vision réelle» de ses références, pour s’orienter vers l’universel. «Nos aînés abordaient davantage des problématiques en adéquation avec la réalité historique et sociale, quand ils ne s’agissaient pas de textes carrément autobiographiques. Et aujourd’hui, nous assistons à une sorte de révolution dans l’écriture, peut-être impulsée par la facilité d’accès à l’information qu’ont les jeunes ». Pour Anys Mezzaour, qui précise avoir débuté l’écriture à l’âge de 11 ans, « la fantaisie était un outil d’expression pour l’enfant que j’étais ». Il ajoute qu’à l’image de toute une génération, ses sources d’inspiration derrière la trilogie «la Proie des mondes» (2013) ; «la Terreur des mondes» (2015) et «l’Espérance des mondes» (2016) viennent des récits tels que «Harry Potter» ou «le Seigneur des anneaux», des ouvrages où le temps, l’espace et la culture du lecteur n’ont que peu d’importance. La question de la place à donner au contexte algérien dans un texte basé uniquement sur l’imaginaire s’est cependant posée dans l’écriture de ses trois premiers romans. « Au départ, j’avais envisagé que l’histoire se passe à New York. Nous sommes habités, peut-être, par le cinéma au fait que tout doit se passer aux Etats-Unis. (…) C’est plus tard que je me suis dit que je ne connaissais pas cette ville et que cela n’aurait aucun sens que j’essaie de décrire un espace que je ne connais pas ». L’écrivain nous précise que ce ne sera qu’à partir du second tome, et plus encore pour le troisième, qu’il commencera à concevoir l’implantation d’une histoire fantastique en usant des références algériennes. «Finalement, je suis arrivé à penser qu’il est possible de placer une telle histoire en Algérie. C’est comme cela que l’intrigue du 3e tome se passe entre le tombeau de la chrétienne, Cherchell, le Sahara… » Abdelhakim Meziani déplorera que ce genre littéraire et d’autres soient absents chez les éditeurs algériens. « C’est un genre qui manque énormément chez les éditeurs algériens, tout comme le thriller ou la science-fiction (…) Et pourtant les textes s’appuyant sur l’imaginaire ont existé notamment avec les romans policiers de Djamel Dib. Le moment est pourtant propice à la multiplication des thématiques ».n