Le vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH) Saïd Salhi considère que la libération, jeudi après-midi, du militant et syndicaliste Aouf Hadj Brahim, ex-codétenu du Dr Kamel Eddine Fekhar, est «un signe d’apaisement de la part du pouvoir qui s’est rendu compte de la bavure commise contre le défunt Kamel Eddine Fekhar. Une bavure dont le pouvoir assume l’entière responsabilité politique et morale ».
Contacté hier par nos soins, le vice-président de cette organisation (aile Hocine Zehouane) ajoute que cette responsabilité du pouvoir vient du fait qu’«il a laissé quelqu’un mourir alors qu’il subissait des difficultés de santé, d’autant plus que nous avons déjà lancé des appels en vue de le relâcher pour des raisons humanitaires ».
A la question de savoir si l’organisation qu’il représente détient une liste des détenus d’opinion au niveau national, Saïd Salhi nous dira : «Nous n’avons pas de liste globale, mais on peut parler de celle des 10 détenus dans les évènements de Ghardaïa. Nous avons aussi les 5 activistes dans le domaine des réseaux sociaux. Nous considérons également que la secrétaire générale du Parti des travailleurs Louisa Hanoune a été arrêtée sans aucune raison valable. Il faut ajouter, par ailleurs, que des activistes du mouvement populaire subissent actuellement des poursuites judiciaires. C’est le cas de Messaoud Leftissi, qui comparaîtra aujourd’hui devant le Parquet de Skikda pour atteinte aux symboles de l’Etat ».
Face à cette situation et à la question de savoir quelles seront les prochaines démarches des organisations des droits de l’Homme, Saïd Salhi affirme qu’«il n’y a pas plus efficace que la mobilisation du Hirak lui-même. On peut aussi œuvrer pour une mobilisation d’opinion. Il faut dire aussi que malgré toute cette mobilisation du Hirak, le pouvoir reste dans ses contradictions. D’un côté, il parle de dialogue et d’ouverture et, d’un autre, nous assistons aux mêmes pratiques qui mènent vers des entraves telles que nous l’avons vu avec l’empêchement de certaines marches et de certaines conférences. Cela reflète l’absence d’une volonté politique chez le pouvoir pour aller vers un véritable système démocratique ».
Concernant l’affaire du général à la retraite Hocine Benhadid, incarcéré depuis le 12 mai pour «atteinte au moral de l’armée», et après avoir fait une chute à la prison d’El Harrach, qui a nécessité son transfert au pavillon pénitentiaire de l’hôpital Mustapha-Bacha, à Alger, le vice-président de la LADDH affirme :
« Nous n’avons pas voulu prendre position à l’égard de ces poursuites judiciaires parce qu’elles reflètent une rivalité entre les ailes du pouvoir. Cela ne nous importe pas, parce que nous voulons aller vers un nouveau système et une justice indépendante. Mais ce qui est important aussi par rapport à cette affaire ou d’autres, c’est le respect de la dignité humaine ainsi que la présomption d’innocence qui est un principe général des droits de l’homme ».