Le patron de Total Patrick Pouyanné a tenté, jeudi, de convaincre le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, de bénir la transaction portant cession des actifs algériens d’Anadarko au profit de son groupe. Patrick Pouyanné a été reçu à cet effet, jeudi, par le ministre de l’Energie, Mohammed Arkab, en présence du P-DG du Groupe Sonatrach, Rachid Hachichi, fraîchement installé après le limogeage d’Abdelmoumen Ould Kaddour.

La veille, le patron du groupe Total a indiqué qu’il s’entretiendra avec les autorités algériennes sur la reprise, par son groupe, des actifs d’Anadarko en Algérie. Son but, convaincre les responsables algériens du « bien-fondé » de la transaction, étant donné que les premières déclarations du ministre de l’Energie étaient peu rassurantes pour le dirigeant de Total. En effet, Mohamed Arkab avait laissé entendre au départ que l’Etat algérien allait opposer son droit de préemption à la transaction Total-Anadarko avant de déclarer, ensuite, que l’Algérie cherchait un «bon compromis» au sujet de la cession des actifs d’Anadarko à Total.
Il a souligné mardi dernier que «Sonatrach doit entretenir de bonnes relations avec ses partenaires étrangers pour développer ses projets». Une large part de la réunion des actionnaires de Total, tenue mercredi à Paris, a été consacrée à la position de l’Etat algérien sur cette opération. Les discussions ont été ainsi lancées, jeudi, mais le communiqué du ministère de l’Energie était peu bavard sur la transaction Total-Anadarko. « Lors de cet entretien, les parties ont passé en revue les relations entre le Groupe Total et le Groupe Sonatrach, notamment dans les domaines gaziers ainsi que les perspectives de collaboration entre les deux Groupes dans des projets à grande valeur ajoutée en Algérie et à l’étranger. Les parties ont notamment abordé les projets futurs à réaliser dans le onshore, le offshore, les énergies renouvelables et la pétrochimie. Les parties ont par ailleurs témoigné de la volonté indéfectible des deux Groupes économiques de préserver leurs intérêts communs et d’œuvrer à développer un partenariat pragmatique qui créé de la valeur pour les deux parties sur le moyen et long termes », lit-on dans le communiqué du ministère de l’Energie, diffusé à l’occasion de l’entretien Arkab-Pouyanné.
La bénédiction du gouvernement algérien à la reprise des actifs d’Anadarko par Total est jugée importante pour la réussite de l’offensive africaine du groupe français. Les actifs d’Anadarko en Afrique sont évalués à 8,8 milliards de dollars, répartis entre l’Algérie, le Ghana, le Mozambique et l’Afrique du Sud. Les actifs d’Anadarko en Algérie représentent, en revanche, une production d’environ 260 000 barils de pétrole par jour, soit plus de 25% de la production de brut du pays, estimée à 1 million de barils par jour. Pour Patrick Pouyanné, qui s’était exprimé, mercredi, devant les actionnaires de son groupe, les actifs d’Anadarko en Afrique étaient au cœur de la stratégie de Total visant à rester un acteur majeur du secteur pétrolier en Afrique et sur le marché mondial du gaz naturel liquéfié (GNL). Le responsable de Total vient de lancer sa première série de négociations en vue de racheter les actifs d’Anadarko en Algérie. Le gouvernement, désigné pour gérer les affaires courantes, se saisit d’un dossier visiblement complexe et sensible. Car, de prime abord, il serait difficile de ne pas user du droit de préemption dans cette affaire, alors qu’il a été sorti pour des transactions de moindre importance. Et, en même temps, il est peu probable que l’actuel gouvernement, sans légitimité populaire, puisse se prononcer sur une telle transaction avant qu’un nouvel exécutif, post-crise politique, puisse se saisir concrètement du dossier pour mieux défendre les intérêts de l’Algérie.n