Certaines actions annoncées ou entreprises par le gouvernement de Noureddine Bedoui surprennent par leur caractère inadéquat et ne semblent pas correspondre à ce que doit faire une équipe exécutive chargée de gérer les affaires courantes uniquement. Quelques-unes d’entre elles, fort généreuses comme celles qui concernent l’assemblage automobile, sont paradoxales par rapport à la réalité du secteur pour lequel l’Etat a dépensé beaucoup d’argent pour le voir se transformer en industrie, et par rapport à l’état économique du pays et de ses finances. D’autres, comme d’engager maintenant et dans la précipitation une réflexion qui devrait être terminée depuis des années sur l’avenir du renouvelable dans le bouquet énergétique national, font tout simplement sourire quand elles ne signalent pas l’extrême obsession du Premier ministre à vouloir occuper un terrain que beaucoup de ses ministres, et non des moindres, ont le plus grand mal à investir. Face au Hirak, l’Exécutif ne parvient plus à se faire entendre qu’à coups de décrets, réels ou souhaités, et ne s’aperçoit pas que les mesures qu’il annonce – ainsi va l’histoire des peuples et des sociétés – sont frappées d’anachronisme si cruel que son chef de file, M. Bedoui, n’est même plus visible, fondu qu’il est dans la profondeur d’une crise dont l’issue demeure incertaine et peut réserver de mauvaises surprises.
Il est donc à souhaiter que ce gouvernement en charge des affaires courantes les gère convenablement et qu’il n’aille surtout pas loin dans sa manière à confondre le «domestique », ce que n’importe quel wali compétent peut faire dans le cadre de ses attributions institutionnelles et territoriales, et le « politique » : c’est-à-dire à comprendre qu’il a sur les bras une crise qui exige de lui comme de tous la plus grande prudence.
Il est à espérer surtout que l’écho selon lequel des responsables au sein du gouvernement travailleraient sur un nouveau projet de loi de création d’une commission nationale indépendante d’organisation des élections n’est qu’une rumeur. Une telle initiative risquerait d’être contre-productive dans un contexte où la demande générale est au dialogue et à l’ouverture des canaux de discussion et de concertation sur les questions de gouvernance revendiquées par le mouvement populaire pour le changement et sur les moyens de sortir le pays de l’impasse politique dans laquelle il se trouve actuellement. L’annulation probable du scrutin du 4 juillet ouvre la voie à une période où il s’agira de discuter de tout sans tabou et sans arrière-pensées.