Reporters : Le Parquet de la Cour d’Alger a annoncé avoir transmis à la Cour suprême les dossiers de douze anciens hauts responsables politiques dont deux ex-Premiers ministres, quelle lecture faites-vous de cette démarche ?
Noureddine Ahmine : Pour le fond, je suis tout à fait d’accord que la justice entame des poursuites et ouvre des enquêtes sur les affaires de corruption impliquant de hauts responsables de l’Etat. Il faut que la justice enquête sur tous les cas suspects de corruption. Toutefois, je m’interroge sur le moment choisi pour entamer les poursuites contre ces 12 hauts responsables de l’Etat. Je crains que cette mesure vient pour détourner le soulèvement populaire en cours dans le pays. Ce qui renforce mes craintes, ce sont les déclarations du chef d’état-major de l’Armée Ahmed Gaïd Salah, annonçant des enquêtes et des poursuites judiciaires. Cet agissement laisse penser que la justice a agi suite à ces déclarations. L’initiative d’ouvrir des enquêtes judiciaires contre ces 12 responsables devraient venir loin de toute pression ou tutelle.

Voulez-vous dire que le moment n’est pas venu pour entamer des poursuites contre ces responsables ?
L’urgence aujourd’hui est de construire un Etat de droit. C’est le seul protecteur de l’argent public et des libertés fondamentales. On ne peut pas lutter efficacement contre la corruption et les autres fléaux dans le cadre d’une justice qui n’est pas encore indépendante. C’est après la mise en place du changement politique et l’instauration d’un Etat de droit qu’on pourra ouvrir tous les dossiers liés à la pratique de la corruption. Je dis bien tous les dossiers. La seule chose que pourra faire la justice en cette période est de prendre des mesures conservatoires en attendant le retour à la vie ordinaire dans le pays.

Quel genre de mesures conservatoires s’agit-il ?
La justice peut, par exemple, interdire à toutes les personnes soupçonnées de corruption de quitter le territoire national. Elle peut également geler leurs avoirs. Ces deux mesures sont suffisantes pour les empêcher d’échapper à la justice en attendant la programmation de leurs procès.

Quelle peine risquent les 12 responsables convoqués par la justice ?
Je ne peux pas me prononcer sur cette question, car nous n’avons pas encore assez d’informations sur les dossiers de ces responsables. Nous savons juste qu’ils sont poursuivis pour conclusion de marchés publics et de contrats contraires à la réglementation et aux lois en vigueur. Il faut savoir dans quel cadre de loi ils seront poursuivis. Ils peuvent être poursuivis dans le cadre de la loi de lutte contre la corruption comme ils peuvent être poursuivis dans le cadre du code de procédures pénales.<