Deux candidats, Abdelhakim Hamadi et Hamid Touahri, ont déposé leurs dossiers de candidature à la présidentielle mort-née du 4 juillet. Personne ne connaît ces messieurs ni n’en a entendu parler, ce qui est une performance dans le cercle, pourtant très bavard et voyant, des nouveaux politiques dont nous bombardent les chaînes de télévision privées chaque soir en direct et en différé. Mais les faits sont là. Ces deux personnes sont sorties de nulle part pour retarder l’annonce de l’annulation officielle du scrutin et imposer aux Algériens une attente de dix jours, la période nécessaire au Conseil constitutionnel d’examiner les ballots de pièces qu’ils ont ramenés jusqu’à ses portes.
La petite histoire retiendra de ces deux prétendants une obstination à la procédure la plus teigneuse et, osons le dire, un tempérament d’emmerdeurs venus danser dans la cour des grands, quand cette cour n’est plus de mode depuis longtemps et que la fête est finie depuis le «22 février». Pour avoir eu cette audace, ils auront sans doute droit à la palme de l’insolite dans cette Algérie qui n’en manque pas, peut-être la chance d’une effigie rigolote à la prochaine marche du mardi ou du vendredi et, enfin, la gloire des légalistes de la 25e heure. La grande histoire où ils n’auront jamais de place rappellera que l’Armée, qui détient la réalité du pouvoir depuis la chute de l’ancien président Bouteflika, n’a plus théoriquement que ces dix jours, où le Conseil constitutionnel perdra son temps sur les cas Hamadi et Touahri, pour se repositionner et manœuvrer autrement par rapport au mouvement populaire pour le changement, le Hirak ! Le choix qu’elle aura à faire dépend de ce que ses grands chefs auront à gagner ou à perdre. Après avoir été au cœur du pouvoir dans le pays pendant des décennies, il ne sera donc pas facile, d’autant moins qu’à ces hauts galonnés, il est demandé de ne garder que les casernes comme seule et unique adresse, après avoir eu la main sur tout ou presque, mais une décision doit être prise et elle le sera dans les dix jours prochains.
Pour ces grands officiers, deux voies possibles alors, celle du réflexe d’autorité et du raidissement que des signaux récents ont déjà manifesté, soit par le discours soit par l’encadrement des marches populaires, un chemin forcément risqué car à contre-voie du soulèvement pacifique auquel on assiste depuis plus de trois mois. Et celle du sens de la grande histoire, justement, et de la nécessité à comprendre que jamais n’a été aussi puissante la rage antisystème des Algériens et que jamais n’a été aussi fort leur désir de démocratisation.