Ali Ghediri, Abdelaziz Belaïd et Belkacem Sahli ont enfin annoncé leur décision de renoncer à se présenter au scrutin présidentiel du 4 juillet. L’obstination pendant un certain temps de ces ex-prétendants, à croire ce rendez-vous électoral possible, n’a jamais été prise au sérieux par les Algériens et peut-être même par les concernés eux-mêmes. Leur jet d’éponge n’en est pas moins et sérieusement annonciateur d’une évolution politique considérable et de l’échec, cela s’entend, de la feuille de route du président de l’Etat Abdelkader Bensalah, en réalité, celle de l’état-major de l’ANP et de sa position d’avoir voulu régler, par une nouvelle élection présidentielle, la crise provoquée par l’ancien chef de l’Etat, qui voulait se représenter pour un 5e mandat, avant d’être poussé à la démission et de finir sa carrière politique par la disposition la plus infâmante de l’article 102 de la Constitution. L’intérêt que ces hommes présentent encore est d’être, à eux trois, et avec tous les autres qui ne sont pas parvenus à bénéficier comme eux de la curiosité de la presse, un résumé du portrait de famille du personnel politique sur lequel la haute hiérarchie de l’Armée a cherché à s’appuyer pour imposer sa feuille de route. Ils sont la copie triste de la partie perdue par le Haut commandement de l’ANP à s’être installée à contre-voie d’une histoire algérienne, où ce qui est en jeu n’est plus de remplacer un président par un autre, selon ce rituel du marionnettiste que nos compatriotes connaissent bien, et dont ils n’en veulent plus, mais de changer complètement d’horaire politique. Et régler les vieux comptes d’une affaire qu’on peut faire remonter jusqu’aux premières années de l’indépendance ou, pour faire court, jusqu’au tournant, tragique d’Octobre 1988. Ce qui se passe en Algérie depuis le 22 février, et qui trouve son aboutissement dans le constat du Conseil constitutionnel de n’avoir reçu aucun bon dossier de candidature à la présidentielle, c’est bien cela. Ce n’est pas de l’ordre du penchant ou de la tendance, mais de celui d’une mutation qui n’en est, certes, qu’à ses débuts, donc non achevée et susceptible de nous réserver des surprises bonnes comme mauvaises, mais qui a déjà fait basculer le pays dans un nouvel ordre politique et social, dont la première grande bataille gagnée par ceux qui l’ont menée est d’avoir disqualifié un agenda électoral défendu par l’Armée et de la contraindre à chercher d’autres scénarios pour garder la main sur le pouvoir. Une deuxième bataille s’ouvre donc avec, cette fois, la nouveauté du vide institutionnel et la recherche d’une parade constitutionnelle pour aborder la phase post
4 juillet. Si on présume que l’Armée peut, par réflexe, opposer une solution d’autorité à cette séquence d’incertitude, cela pourrait être le report non négocié de l’élection présidentielle. On sait moins, en revanche, de ce que fera le Hirak dans son hétérogénéité face au réflexe militaire de l’encadrement. La manière dont il va goûter sa victoire et se positionner face à ses revendications, ces jours-ci et jusqu’aux prochaines marches populaires du vendredi 31 mai, sera observée dans ses moindres indications.