Ksar Ouargla, communément appelé « la Casbah », en plein cœur de la ville de Ouargla, résiste encore face au temps et aux aléas climatiques. Habité encore par 10 000 personnes environ, il risque cependant de disparaître si rien n’est fait pour le sauver vu son état avancé de dégradation.

Les opérations d’amélioration du Ksar Ouargla (la Casbah) par les pouvoirs publics depuis 2007 n’ont jamais été accomplies ou atteint le but visé. La situation du site s’est dangereusement dégradée ces derniers temps sous le regard et l’inertie de tous, habitants et autorités. En effet, la situation actuelle du ksar Ouargla est tout simplement catastrophique. La richesse architecturale de cet héritage a été gravement négligée. Une grande partie de la façade du rempart a été défiguré et les atteintes à l’esthétique architecturale typique à l’intérieur du Ksar sont considérables. Des bâtisses sont refaites entièrement en parpaing remplaçant les matériaux locaux, à savoir le plâtre traditionnel «timchent» et les troncs de dattier qui servaient de poutrelles. Pire, des gravats des bâtisses effondrées sont entassés dans tous les coins, donnant l’impression que le lieu a été bombardé. L’image est tout simplement désolante. Les interventions anarchiques et «non étudiées» opérées par les habitants du Ksar ont souvent contribué à déformer l’architecture de ce site séculaire. Non seulement la façade a été défigurée, mais les réfections individuelles ont également touché l’intérieur des bâtisses, les toitures et les venelles. Selon le service de la préservation du patrimoine auprès de la direction de la culture, dans un entretien précédent, des rapports réguliers sur l’état des lieux sont émis aux autorités concernées au niveau local et au ministère de la Culture. «Nous ne pouvons pas faire plus», disent-ils. C’est un travail de la commune, de la police de l’urbanisme et de l’environnement et de la cellule de protection du patrimoine culturel, nous ont-ils précisé.

35% du ksar voués à l’effondrement
Malgré les enveloppes attribuées pour financer les projets visant la réhabilitation et la restauration de ce qui reste du Ksar, et à perpétuer la mémoire de cet héritage architectural, aucune opération n’a été menée à terme. Plus de 35% du ksar sont voués à l’effondrement et à disparaître. Les dégradations constatées constituent un vrai danger pour les occupants, notamment après les dernières intempéries qui ont causé de graves fissures sur les vieilles bâtisses ayant conduit à l’effondrement d’une énième bâtisse située en milieu du marché de la Casbah (Souk El Had) le mois dernier, faisant deux blessés et laissant une montagne de débris enterrant ainsi une partie de la mémoire de ce lieu de plus de six siècles. La Casbah ou Ksar d’Ouargla, avec son style urbain et son aspect architectural spécifique, constitue jusqu’à aujourd’hui un témoin persistant de la profondeur historique et culturelle qui caractérise une partie importante de l’histoire et l’authenticité de l’Algérie. Il est l’un des meilleurs ksour du Sud construit il y a plus de 600 années. Une image vivante de la créativité architecturale sahraouie. Le plan du Ksar d’Ouargla constitue une masse homogène soumise à des lois purement architecturales qui tiennent comptent de tous les facteurs géographiques, sociaux et historiques avec la prise en compte des facteurs naturels dans l’architecture, notamment la lumière naturelle et l’aération ainsi que le droit de disposer du bien conformément au droit applicable et au droit communautaire. Le 5 mars 1996, Ksar Ouargla a été classé au titre des monuments nationaux et historiques, puis, en 2008, désigné comme un secteur protégé en raison de la valeur historique et patrimoniale qu’il représente. Depuis la classification du site, les autorités locales œuvrent en coordination avec les associations actives pour mener à bien de nombreuses opérations de restauration du site et recherchent les moyens et les mécanismes nécessaires à sa pérennité, en engageant des ingénieurs et des architectes professionnels et en organisant des séminaires et des forums pour présenter ce patrimoine pour éviter sa disparition. Au cours des dernières années, plusieurs opérations ont été engagées pour réhabiliter et restaurer ce K’sar qui s’étale sur 30 hectares. En 2012, une enveloppe de 2 millions de dinars a été allouée pour déblayer les débris et les pierres résultant de l’effondrement des bâtisses. Le site a également bénéficié d’autres couvertures financières d’une valeur de 6,2 millions de DA, entre 2007 et 2009, pour effectuer les mêmes opérations en plus de certaines restaurations sur la placette publique, réhabilitation et rénovation extérieures de la façade et des sept portes du Ksar. En outre, les autorités communales ont également pris en charge une partie des travaux de renouvellement du réseau d’eaux usées et d’alimentation en eau potable, en plus du renforcement des réseaux d’éclairage public.

Projet de réhabilitation de 150 bâtisses gelé
Bien que lancé en 2013, et dont l’étude technique devait s’achever en 2014, le projet visant la réhabilitation et la restauration de 150 bâtisses n’a jamais vu le jour. Une enveloppe de plus de 390 millions DA a été allouée pour le réaliser, mais il a été gelé par le ministère de la Culture pour défaut de financement, indique le président de la coordination des associations du ksar d’Ouargla. « S’agissant de la non mise en œuvre de projets de réhabilitation ciblant la restauration et la mise en valeur du ksar d’Ouargla, ceci retourne aux organismes exécutifs supervisant la réalisation de ces projets. Ce programme de restauration de 150 bâtisses pilotes à l’intérieur du Ksar a été gelé par le ministère de la Culture sous prétexte de l’austérité financière. La wilaya de Ouargla n’a pas enregistré, à ce jour, les plans de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) réels et réfléchis du Ksar de Ouargla. Et aucun projet n’est mis en œuvre ni par le P/APC ni par le wali ni par la direction de la culture malgré les nombreuses propositions qui ont été remises aux autorités locales et aux responsables du secteur et dont l’étude est accomplie », a-t-il souligné.
Ce projet pilote, ciblant la restauration et la réhabilitation de 150 bâtisses au niveau des trois quartiers qui composent le Ksar, devait concerner dans sa première phase 50 bâtisses dans chacun des trois principaux quartiers qui constituent la Casbah, à savoir Beni Sissine, Beni-Brahim et Beni Ouaguine. Les 2 260 maisonnettes restantes étaient programmées en seconde phase, mais il n’a jamais vu le jour.
Les projets qui devaient être concrétisés afin de mettre en valeur ce site historique, qui a subi de nombreuses altérations, ont été gelés par le ministère de la Culture ou non achevés dans la plupart des cas. La détérioration ne touche malheureusement pas seulement l’intérieur du Ksar, les espaces publics principaux et le marché souterrain sont fortement dégradés. Les espaces de sahet Chouhada sont couverts d’ordures et de déchets. Quant au marché souterrain donnant sur Souk Lahdjar, en plus des déchets cumulés à l’intérieur, il est devenu un antre pour les délinquants et une décharge pour les commerçants de souk Lahdjar. Ceci sous les yeux de tous, commune et société civile.