Les Algériens sont encore une fois sortis en masse pour le 14e vendredi consécutif exprimer leur volonté de changement et leur refus de l’élection présidentielle sous l’administration actuelle. Le Hirak continue ainsi, malgré les difficultés liées au mois du jeûne notamment durant la deuxième quinzaine, à maintenir un minimum dont l’objectif semble surtout de démentir ceux qui ont parié sur son essoufflement, voire son éclatement. Le traitement politique de la crise reste toujours à un niveau faible malgré la situation d’urgence. Vouloir imposer l’élection présidentielle dans des conditions explosives semble pour l’heure la seule offre de solution du pouvoir. Même les différentes offres de médiation pour une véritable transition émanant de certaines personnalités sont toujours ignorées par les décideurs. L’Algérie, qui a basculé dans une situation de crise politique aigüe, notamment depuis la démission forcée d’Abdelaziz Bouteflika, n’arrive toujours pas à revenir à la conformité institutionnelle. Les principales institutions du pays sont pratiquement affaiblies ayant perdu de leur crédibilité aux yeux d’une opinion nationale qui n’entend plus être gouvernée comme avant. Avec un chef de l’Etat par intérim et un chef du gouvernement visiblement mis hors-jeu par le peuple, la situation politique est à la limite du critique. L’Armée, seule institution solide, est sollicitée justement par le peuple algérien afin d’imposer, accompagner et garantir une période de transition qui acterait le véritable changement. Mais l’Armée par l’entremise du chef d’état-major semble toujours dans l’expectative préférant visiblement « encourager » la justice à ouvrir les dossiers de corruption qui touchent des personnalités de
« l’ancien système ». Cependant, ces opération « mains propres » aussi spectaculaires soient-elles ne semblent pas faire dévier les Algériens de leurs revendications pour un véritable changement.
La tentation de
la répression
Pour ce troisième vendredi du mois du Ramadhan le pouvoir semble avoir opté pour l’endiguement d’un mouvement populaire visiblement au long souffle. Il faut dire que cette option du durcissement envers un mouvement pacifique, véritable force tranquille, proviendrait de l’agacement du pouvoir actuel visiblement en difficulté. Il faut dire que cette tentation de la répression a commencé à être visible depuis quelques semaines notamment vis-à-vis des étudiants, une option facilitée par le nombre moindre de ces derniers comparativement avec le Hirak du vendredi.
Les mesures consistant désormais à fermer les accès vers la capitale chaque vendredi, l’installation des barrages filtrants et l’interpellation de manifestants sont en soit une provocation qui pourrait susciter l’effet contraire que celui escompté. Face à ce renforcement des services d’ordre, la résolution est de mise.
La détermination des Algériens dans leur majorité à aller de l’avant et imposer le changement est visible chaque vendredi dans les rues d’Alger et des grandes villes du pays. L’occupation par les services d’ordre de certains lieux symboliques des manifestations du vendredi semble surtout rajouter à la tension. Ce choix sécuritaire qui confine à l’endiguement d’un mouvement populaire révolutionnaire pourrait être la plus mauvaise des solutions.
Le caractère pacifiste qui caractérise le mouvement jusque-là pourrait ne pas résister à la stratégie de la tension qui semble mise en place par le pouvoir. Alors qu’il y a, plus que jamais, une forte demande populaire d’une solution politique, le traitement sécuritaire de la crise pourrait être compris comme une forme de mépris envers le peuple. Un sentiment absolument insupportable pour l’Algérien qui s’est résolu à sortir dans la rue un certain 22 février à cause des images intolérables et humiliantes des «cérémonies du cadre» de Bouteflika.n