Quatre jours après l’appel signé avec Ali Yahia Abdennour et Rachid Benyelles, Ahmed Taleb Ibrahimi intervient encore dans le débat pour décliner sa vision personnelle d’une sortie de crise, non sans manquer de répondre au chef d’état-major de l’Armée, Ahmed Gaïd Salah qui a dit « non » à l’ouverture d’un dialogue direct avec la classe politique et s’en tient à la voie constitutionnelle.

Malgré « sa discipline » et son attachement à ne pas intervenir dans les affaires publiques, Ahmed Taleb Ibrahimi estime qu’en «cette conjoncture spéciale», l’institution militaire « doit écouter les propositions des élites et des sages». «Elle ne doit pas être un soutien à des institutions qui ne bénéficient pas d’un consentement populaire même si elles se trouvent dans un état constitutionnel stable prévu pour les situations normale et non exceptionnelle comme celle que nous traversons actuellement», a-t-il soutenu, dans un message intitulé «A la jeunesse du Hirak, préservez la dynamique du changement », publié hier. Balayant la voie constitutionnelle qui passe donc par le maintien de Bensalah, de Bedoui et de l’élection présidentielle du 4 juillet, Ahmed Taleb Ibrahimi répond que la Loi fondamentale «a été conçue, en l’absence d’une culture de l’Etat, comme étant un moyen pour arriver au pouvoir». Raison pour laquelle la majorité des Algériens «ne voient aucun inconvénient à dépasser ce contrat social, malgré les dangers, dont le vide constitutionnel». Désormais, il y a une solution qu’il juge d’«efficace» et qui consiste à «jumeler entre les fondements des articles 7 et 8 de la Constitution, en fonction des interprétations disponibles, et quelques articles procéduraux qui permettront de transmettre le pouvoir par voie constitutionnelle », soutient l’ancien diplomate. Et d’avancer l’argumentaire que « le soulèvement populaire est un référendum sans ambages ». Dans ce registre, Ahmed Taleb Ibrahimi conçoit la légalité de l’intervention de l’institution militaire comme « un canal pour consacrer la légitimité populaire, à travers une réponse claire aux revendications », et non pas comme moyen de s’y substituer. Pour lui, « la légitimité objective » doit primer sur « la légitimité formelle », car après tout, « la Constitution a été élaborée par l’homme ».

Pour «les fondements» des articles 7 et 8 de la Constitution
Cette vision d’une solution à la crise vient s’ajouter « à des dizaines d’initiatives proposées par des partis, des syndicats et des personnalités», indique Taleb Ibrahimi qui, dans sa réponse au chef d’état-major de l’ANP, s’est dit « étonné qu’elles soient ignorées par les tenants du pouvoir». Dans son message à partir de Ouargla, Ahmed Gaïd Salah, s’était interrogé, pour rappel, sur «l’absence flagrante des personnalités nationales, des élites et des compétences nationales». Appelant à tirer « les bons slogans unificateurs » du Hirak, à l’image de « Djeïch chaâb khawa khawa », il a mis en avant le «rôle important » de l’institution militaire dans la préservation de caractère pacifique du mouvement populaire, par son attachement à « éviter l’usage de la violence ». Il en veut pour preuve « le traitement des forces de police et de gendarmerie » dont il ne manquera pas de remercier les éléments.
Enfin, après avoir salué les jeunes du Hirak qui représentent « le noyau dur » de la révolution, Ahmed Taleb Ibrahimi dit avoir «suivi » et reçu certains qui l’ont « sollicité avec insistance pour conduire la période de transition ».
Cependant, c’est en raison de son âge, a-t-il justifié, qu’il n’a pas pu participer aux manifestations. « J’ai atteint un âge avancé qui a supprimé toute ambition en moi », écrit l’ancien diplomate, comme pour décliner tout retour en politique. Et d’ajouter : « Je n’ai plus la jeunesse qui me donnera la force d’être à vos côtés durant vos marches à travers lesquelles vous repoussez chaque jour, depuis le 22 février, les bases du régime corrompu ».
Ahmed Taleb Ibrahimi, qui décrit une « impasse politique » causée par « l’entêtement du pouvoir et l’intransigeance du Hirak pour ses revendications », a jugé qu’il était de son «devoir» de s’exprimer. C’est dans ce contexte qu’est intervenu son appel d’ailleurs avec Ali Yahia et Benyelles, ainsi que ce message aux jeunes.