L’entretien réalisé par Nordine Azzouz avec l’ambassadrice de Cuba, Clara M. Pulido Escandell, et publié ce jeudi sur Reporters, (lire l’interview ICI) était intéressant à lire et instructif. Parmi les nombreux points abordés il y avait la « recommandation » de la diplomate de « corriger une erreur d’appréciation ». La mise au point de Clara M. Pulido Escandell concernait un terme longtemps utilisé par les médias : « Notre pays ne subit pas un embargo comme on le lit souvent dans les journaux et les organes d’information, il supporte le poids d’un véritable blocus ». 

La diplomate cubaine a raison de rappeler cette vérité que son peuple subi depuis 1959, et la victoire de la révolution menée par Fidel Castro et Che Guevara. Ça dépasse amplement la question du vocabulaire.  Nietzsche l’avait bien écrit : « Le diable est dans les détails ». Oui, un embargo est différent d’un blocus. En se référant au dictionnaire la nuance n’est pas bien établie. Pour le Larousse, un embargo c’est la « suspension des exportations d’un ou de plusieurs produits vers un État, à titre de sanction ou de moyen de pression ». Ce qui peut être interprété comme l’interdiction de commercer avec un pays. La définition de « blocus », selon le même dictionnaire, est la suivante : « Investissement d’une ville, d’un port, d’une position, d’un pays pour lui couper toute communication avec l’extérieur». Une interprétation qui donne raison à ceux pour qui le terme est avant tout militaire et dont l’action consiste à empêcher l’entrée de tout navire sur l’île (dans le cas cubain).

En géopolitique, les experts, essentiellement ceux de la « communauté internationale » autoproclamée (et qui ne représentent, pour rappel, que les pays occidentaux), le parti-pris est flagrant. Selon eux, l’embargo est utilisé pour signifier la neutralité de son « utilisateur », alors que le blocus est partisan, puisqu’il est toujours employé par les victimes.

Toutefois, pour être éclairé, il faut « dépasser » les médias mainstream et suivre le parcours et les péripéties de personnalités qui ne cadrent pas avec les « recommandations » de la communauté internationale. L’américain Alfred De Zayas est l’un d’eux. Cet expert indépendant de l’ONU pour un ordre démocratique égalitaire, tranche dans l’ «erreur d’appréciation» évoquée par l’ambassadrice de Cuba. Dans un rapport remis à l’instance onusienne en septembre 2018, il avait mentionné que « « les sanctions et les blocus économiques modernes sont comparables aux sièges médiévaux des villes avec l’intention de les forcer à se rendre. Les sanctions du 21e siècle essaient de mettre à genoux non seulement des villes, mais pays souverains. Une différence, peut-être, est que les sanctions du 21e siècle sont accompagnées d’une manipulation de l’opinion publique à travers des nouvelles fallacieuses, des relations publiques agressives et une rhétorique de pseudo-droits humains donnant l’impression qu’une ‘fin’ humanitaire justifie des moyens criminels. ». Oui, ça dépasse de très loin la question du vocabulaire.

Idriss Jazairy (à droite) et Alfred de Zayas (photo D.R.)

L’algérien, Idriss Jazairy, rapporteur spécial des Nations unies sur l’impact négatif des mesures coercitives sur la jouissance des droits humains, est également impliqué dans la dénonciation de ce que subissent plusieurs peuples dans le monde de par les sanctions infligées par les Etats-Unis et ses « vassaux ». Son discours sort également des « limites » du consensus onusien lorsque ça touche les intérêts américains. « La coercition, qu’elle soit militaire ou économique, ne doit jamais être utilisée pour obtenir un changement de gouvernement dans un État souverain. L’utilisation de sanctions par des puissances étrangères pour renverser un gouvernement élu viole toutes les normes du droit international »avait-il rapporté dans une de ses interventions devant l’ONU.

Toutefois, et malgré toutes les agressions subie depuis 1959, Cuba reste debout et fière. Malgré toutes les crises économiques vécues, et le BLOCUS, ses réussites sont innombrables. Les exemples sont nombreux. Ainsi Cuba est le plus grand contributeur du PIB à l’éducation, le pays ayant l’un des meilleurs systémes de santé dans le monde, a plusieurs champion du monde dans les sports individuels et collectifs, etc. A tout cela, il faut ajouter une précision de taille : la population dépasse de peu les 11 millions d’habitants.

@SalimKoudil

19h19 (10): Le poids des images