Le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH), Noureddine Benissad, estime que la seule voie raisonnable pour une sortie de crise est celle du dialogue. Il s’interroge, cependant, s’il existe réellement des intentions de dialogue chez le pouvoir en place. Il appelle par ailleurs à travailler davantage pour créer les conditions favorables à l’amorce d’un dialogue pour une transition démocratique.

Reporters : Les appels adressés à l’ANP pour l’ouverture d’un dialogue avec le Hirak se multiplient. Quelle lecture faites-vous de cette évolution ?
Noureddine Benissad : Le pouvoir réel est entre les mains du commandement militaire. Les autres institutions, au demeurant factices, ne sont que des apparences. D’ailleurs, elles sont rejetées par le mouvement populaire parce qu’elles ne décident pas. La détention du pouvoir par l’institution militaire est une réalité historique dans notre pays. C’est donc une constante dans les arbitrages au moment de crises politiques qui ne sont pas réglées par la Constitution.

Cette perspective de dialogue impose au mouvement populaire de s’y préparer. La réflexion est-elle engagée dans ce sens ?
Plusieurs initiatives et d’offres de sortie de crise sont proposées par les différents acteurs de la société. Le Hirak produit aussi ses propositions même si elles semblent éparses, diffuses et non articulées en termes politiques, mais la trame existe. Je vois aussi des débats dans les rues, les universités, les associations, les syndicats, auprès de notre communauté à l’étranger et dans les médias. Il faut continuer à alimenter le débat public.

Avez-vous a priori des appréhensions quant aux intentions qui animeraient le pouvoir politique pour s’engager dans la voie du dialogue ?
Vous avez raison de poser cette question. On ne sait pas pour le moment s’il y a une volonté politique réelle de la part des décideurs d’aller vers un vrai dialogue. Le principe même d’aller vers une transition démocratique n’est pas acquis. Pourtant, la seule voie raisonnable, la voie apaisée et démocratique, ne peut être que la voie du dialogue. Il n’existe d’ailleurs aucune autre voie sinon à engager tout un pays vers l’inconnu. Il faut travailler dans ce sens pour créer les conditions d’un dialogue pour une transition démocratique.

Trois mois depuis l’irruption du mouvement populaire, quelle évaluation peut-on établir ? Quelles devraient être les perspectives de ce mouvement ?
Le système a tenté plusieurs manœuvres et ruses pour affaiblir le mouvement populaire. Il a aussi misé sur son essoufflement. La détermination du peuple à démanteler le système se renforce chaque vendredi. En tout cas, malgré les innombrables restrictions et aléas tels que les barrages filtrants à la périphérie d’Alger, la chaleur, le Ramadhan, les vacances universitaires, le recentrage des médias lourds, etc., la mobilisation populaire est restée intacte.