Alors que l’opinion attendait une réponse à l’appel au dialogue avec le Hirak initié par trois personnalités au parcours notable, le chef d’état-major a non seulement ignoré cette proposition, mais a surtout insisté sur la nécessité impérieuse d’aller vers l’élection en mettant en garde contre le vide constitutionnel qui pourrait menacer le pays.

En évitant, néanmoins, de citer le rendez-vous du 4 juillet, Gaïd salah s’est probablement ménagé une porte de sortie d’autant que le temps semble insuffisant pour organiser ce scrutin, dans les conditions actuelles marquées par l’impasse politique. Pour lui, la tenue de l’élection présidentielle « mettra un terme à tous ceux qui tentent de faire perdurer cette crise ». Il appelle à cet effet à accélérer la création et l’installation de l’instance indépendante pour l’organisation et la supervision de l’élection. Une structure particulièrement difficile à mettre en place dans la situation actuelle. Cette persistance dans la voie de l’article 102 de la Constitution risque de compliquer la situation d’autant plus que les Algériens, qui s’expriment dans la rue chaque vendredi, refusent catégoriquement l’élection du 4 juillet avec le même personnel politique. Usant d’un ton martial, Gaïd Salah a particulièrement fustigé le Hirak l’enjoignant de ne pas «tomber dans le piège de l’infiltration des plans suspects qui utilisent les manifestations comme un portail pour scander leurs slogans et brandir leurs bannières ». il appuie l’option s’inscrivant dans le cadre de l’article 102 de la Constitution, mais semble oublier l’article 7 auquel il a fait souvent référence au début de la crise. Visiblement gêné par le mouvement populaire, qui affiche toujours une détermination à toute épreuve, même durant les dures journées du Ramadhan, le chef d’état-major a critiqué la persistance concernant le départ de certaines figures du système. Pour le premier responsable de l’armée, «il s’agit d’une revendication non objective et irraisonnable, voire dangereuse et malveillante, qui vise à déposséder les institutions de l’Etat de ses cadres et les dénigrer». En prenant la défense des «cadres qui ont eu le mérite de servir leur pays à tous les niveaux, avec intégrité et dévouement», Gaïd Salah a probablement adressé une fin de non-recevoir aux revendications populaires, notamment concernant le départ des « B » toujours revendiqué par le Hirak comme préalable à une solution politique. Il a même estimé impératif de «revoir la manière d’organiser» les manifestations et nécessaire «de les encadrer». Cette exhortation ambiguë à propos du Hirak ne manquera pas de susciter de l’appréhension, voire de l’inquiétude sur les marches de la protestation à venir. Le mouvement la populaire, qui garde imperturbablement un caractère pacifique malgré les tentatives de restrictions policières, est plus que jamais déterminé à imposer le changement.
Risques sur l’avenir
En rappelant que «la persistance de la crise aura de graves conséquences sur les domaines économique et social du pays, notamment sur les postes de travail et sur le pouvoir d’achat des citoyens», le chef d’état-major met en garde contre l’insistance du mouvement populaire à rester dans la posture du rejet. Gaïd Salah s’est également interrogé sur «l’absence flagrante des personnalités nationales, des élites et des compétences nationales face aux évènements», semblant ignorer l’appel récent des trois personnalités Taleb Ibrahim, Rachid Benyeles et Ali Yahia Abdenour sur la nécessité d’un dialogue.
Il a préféré rappeler les personnalités accusées de comploter contre l’Armée et l’Etat. «Les têtes de la discorde, qui ont été démasquées» et qui «sont aujourd’hui en train de subir la sanction juste et équitable qu’elles méritent par la force de la loi». Annonçant même d’autres sanctions concernant « tous ceux qui sont impliqués dans le complot… ceux-là même que les enquêtes persévérantes et approfondies en cours ne manqueront pas de dévoiler dans l’avenir et seront eux aussi sanctionnés ». Ce discours du premier responsable de l’Armée, qui intervient dans une conjoncture de tension qui perdure depuis maintenant trois mois, n’est pas pour aller dans le sens de l’apaisement. Le prochain vendredi risque d’être un grand moment de tension.<