En marge de la journée d’étude sur la thématique « Développement de la production des blés dans les régions semi-arides», organisée avant-hier à Sétif, le représentant du réseau informel «RéquaBlé (Réseau d’amélioration de la qualité du blé dur et l’amélioration de rendement) a accordé un entretien à Reporters pour présenter les missions et objectifs de ce réseau, créé en 2011. M. Keraghel A. a souligné que les membres de RéQuablé sont les principaux acteurs de la filière céréale dans la wilaya de Sétif, dont des agriculteurs, transformateur industriel, CCLS de Sétif, les instituts techniques et les scientifiques.

Reporters : Pouvez-vous nous donner une brève présentation sur votre réseau RéQuablé ?
Keraghel A. : Le réseau RéQuaBlé a été créé en 2011 suite à la demande du ministre de l’Agriculture, qui nous a invités à participer à l’amélioration de la qualité du blé dur de la production nationale. En effet, nous avons créé ce réseau avec l’adhésion une dizaine d’agriculteurs de la région de Sétif. Nous avons assuré des cycles de formations à ces derniers pour l’amélioration de la qualité des blés et en même temps améliorer le rendement. Donc, nous avons commencé en 2011 avec 12 agriculteurs et la superficie était de 600 hectares. Aujourd’hui, notre réseau compte plus d’une centaine d’agriculteurs représentant une vingtaine de communes de la wilaya de Sétif. La superficie actuelle est estimée à 3 000 hectares.

Quels sont les résultats réalisés depuis la création de ce réseau ?
Durant la période de 2011 à 2018, des résultats encourageants ont été réalisés car nous sommes passés de 12 quintaux/hectare en 2011 à une moyenne de 32,5q/h en 2018. Aussi, nous avons pu élargir la superficie emblavée jusqu’à 3 000 hectares. En dépit de la sécheresse qui a frappé notre région, nous avons enregistré un rendement qui a dépassé 20 q/h. Je tiens à souligner que notre réseau a contribué, l’année passée, de 20 % de la production céréalière de la wilaya de Sétif. Grâce à notre coopération avec des chercheurs de l’université de Batna 1, nous avons pu réaliser pour la première fois des résultats performants en matière de protéine et mitadinage. Ainsi, nous sommes arrivés à 15,5% protéine. C’est un très bon résultat. Egalement, notre réseau a pu réaliser un taux de mitadinage record, soit 0,15%. Il faut souligner qu’en Algérie, en 2010, le taux de mitadinage dépassait 32 %. Le centre de développement et d’analyse en agro-industrie situé à Constantine est témoin de ces résultats. A noter que pour la variété Waha, le taux de mitadinage est inférieur à 4% car il est sensible au mitadinage, le blé de notre réseau est devenu comme auparavant. Notre blé est meilleur que l’américain et le canadien. Pour le rendement, notre réseau est passé de 8q/h en 2010 à 24 q/h en 2013 et puis 32 q/h en 2016. Par ailleurs, le taux de protéines est passé de 10% en 2010 à 14,6 % en 2014 et puis 16, 10 en 2017.

Quels sont les problèmes que vous rencontrez ?
Le problème aujourd’hui c’est qu’on ne peut pas former tout le monde, il faut que l’Etat apporte son soutien. Il y a aussi beaucoup de problèmes. Par exemple, nous avons signé un contrat avec l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), selon lequel tout ce qu’est supérieur à 14 q/h, on le prend hors quota, ce qui n’a été pas fait. Cependant, nous avons écrit au ministre de l’Agriculture pour nous régler ce problème, en vain. En effet, notre quota était de 70 % en blé dur, maintenant notre quota a diminué jusqu’à 50%. Et cela ne suffit pas à notre réseau. Par ailleurs, cela fait deux ans que la sécheresse frappe notre région, et que toute notre production en blé dur est partie en semences. Le problème aujourd’hui est que si on veut produire mieux il faut intéresser les gens.

Pensez-vous que la mise en service du grand transfert dit « projet du siècle » va atténuer un tant soit peu le problème de la sécheresse qui frappe la région de Sétif, notamment la partie sud ?
Il va certainement améliorer la production céréalière de la région de Sétif, notamment des milliers d’hectares qui vont être irrigués à partir de ces deux barrages. La mise en service de ces deux grand projets va élargir la superficie irriguée, et l’agriculteur qui fait aujourd’hui 20 q/h en pluviale, avec l’irrigation à point, il peut facilement doubler la production. Tous les agriculteurs du réseau ont commencé par 12q/h, certains font aujourd’hui 50 q/h en pluviale, 32 q/h, c’est la moyenne. Dans le sud, certains font 18 q/h et ce en dépit de l’absence d’eau.

Depuis la création de votre réseau, vous travaillez avec des chercheurs universitaires. Pensez-vous que cette coopération de recherche a donné aujourd’hui ses fruits ?
Nous avons signé deux conventions avec les universités de Batna 1, en 2012, et Sétif 1, en 2016. Dans notre réseau, nous avons incarné une culture d’ouvrir nos parcelles aux chercheurs pour effectuer leurs travaux de recherche, mais aussi pour exposer nos problèmes à ces chercheurs et trouver une solution. Par exemple, actuellement, des chercheurs de l’université de Sétif 1 travaillent sur le sujet de la perte de grains lors de l’opération de la récolte. C’est un sujet très important car beaucoup d’agriculteurs font face à ce problème. Il est à souligner que la perte est estimée à 30 %, c’est un problème national. Notre objectif est d’arriver à comment réduire cette perte.