Selon les notes attribuées par un panel de critiques, «Douleur et gloire» de Pedro Almodovar obtient 11 Palmes d’Or sur 15 votants. Un record. La suite de la semaine confirmera-t-elle cette tendance ?

De notre correspondante Dominique Lorraine
Comme à son habitude, le réalisateur madrilène puise dans ses souvenirs d’enfance, comme dans une vieille malle oubliée dans le grenier. Et c’est ainsi que son héros sera réalisateur, Salvador Mallo (Antonio Banderas), au succès avéré. Mais qui vit depuis confiné dans son appartement entouré d’œuvres d’art. Ses douleurs dorsales, migraines et autres maux l’empêchent de tourner un autre film. Ce qui provoque chez lui un incommensurable vide. La projection de son premier film est l’occasion de retrouvailles avec des amis perdus de vue depuis plus de trente ans. Cela lui permettra d’entamer cette introspection, tel un voyage dans son passé, remontant à sa plus petite enfance, passant par l’adolescence, les premiers émois amoureux jusqu’à la disparition de sa mère à laquelle il était très attaché. Tous ces bouleversements sentimentaux vont le pousser, au bout du compte, à penser un nouveau film. Pedro Almodovar fait avancer son récit entremêlant présent et passé. Auto-fiction ? « Douleur et gloire est-il un film sur ma
vie ? Oui et non absolument» suggère Almodovar. Pour le réalisateur, il serait donc impossible de séparer création et vie privée. « Douleur et gloire» est une œuvre romanesque, émouvante portée par son double à l’écran Antonio Banderas. Pénélope Cruz, qui éprouve une véritable admiration pour son réalisateur fétiche, joue le rôle de sa mère.C’est le septième film présenté par Pedro Almodovar à Cannes. Souvent favori mais jamais gagnant. A près de soixante-dix ans, va-t-il enfin conjurer le sort ? Un prix couronnerait donc sa carrière exceptionnelle.

« Sorry We Missed You »
Le vétéran du cinéma anglais, Ken Loach, 83 printemps et déjà deux palmes d’Or, s’était remis au travail, pour protester encore une fois contre l’exploitation de la classe ouvrière dans un royaume plus si uni que ça. Dans « Sorry We Missed You », il met sur le devant de la scène un père de famille britannique confronté à la précarité du marché du travail.
En quête d’un emploi stable, Ricky devient chauffeur-livreur pour une plateforme de vente en ligne. Abby, sa femme, a dû vendre sa voiture pour qu’il puisse acheter un camion. Son superviseur lui promet qu’il sera son propre patron. Mais en réalité, il devra travailler à une cadence infernale, 14h par jour, six jours sur sept. S’il veut un jour de congé, il devra trouver lui-même un remplaçant, sous peine de pénalité financière. Tout ça au détriment de son couple et de ses enfants. C’est une œuvre sobre et engagée, totalement maîtrisée, réalisée par un réalisateur (toujours) en colère. « Quand j’étais jeune, et pendant des années, on vous disait que lorsque vous aviez une compétence, un savoir, vous trouveriez un métier pour le reste de votre vie. Et que vous pourriez élever votre famille grâce à votre salaire». Poursuivant très remonté : « Aujourd’hui les gens peuvent être engagés et virés dans la journée. Ils sont contractualisés sans savoir quelle charge de travail ils vont recevoir. Ni combien ils vont gagner (…) Désormais c’est le travailleur qui doit s’exploiter lui-même. C’est la situation parfaite pour les grandes entreprises. Ce n’est pas la faillite du capitalisme. C’est le capitalisme comme il fonctionnera toujours. » rappelle, non sans amertume, Loach. « Sorry We Missed You » a été ovationné par le public et plébiscité par la presse. Mais Ken Loach, philosophe, sait que si le cinéma peut parler du monde qui nous entoure, il n’est pas sûr qu’il fasse bouger les lignes : «Moi, Daniel Blake, parlait du soutien que devraient recevoir les plus vulnérables. Mais notre gouvernement n’a pas bougé d’un pouce. Il est toujours aussi cruel. ».
Faut-il pour autant baisser les bras ? Ken Loach le dit clairement : Non !
« Les plus belles années d’une vie ».
Un autre très « jeune réalisateur » est venu présenter, ce dimanche, en hors compétition, son 49e film, alors que son 48e sortira à l’automne et qu’il s’apprête à tourner le… 50e !
Cinquante-deux ans après sa Palme d’Or pour «Un homme et une femme», Claude Lelouch (82 ans) revient donc avec un dernier chapitre à cette histoire : «Les plus belles années d’une vie». «Tant que je pourrais faire des films pour le grand écran, je vais continuer. Et quelque part, mes 50 longs métrages sont un feuilleton», explique-t-il. On y retrouve Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant pour une ultime rencontre dans un film plein de tendresse, d’émotions pures et d’humour. Avec aussi ce qui est l’ADN des films « lelouchiens » : amour, hasard, musique et lvitesse.