Les initiatives émanant de l’opposition, de personnalités nationales et d’acteurs de la société civile se multiplient. Sans pour autant convaincre pour l’instant. Elles convergent néanmoins toutes dans un seul sens : l’impossibilité de l’option du 4 juillet et la nécessité de la mise en place d’instruments crédibles et consensuels pour la transition.

Trois personnalités, Ahmed Taleb Ibrahimi, Ali Yahia Abdenour et Rachid Benyelles, ont appelé samedi l’Armée à nouer un « dialogue franc et honnête » avec l’opposition et les acteurs du Hirak, proposant la mise en place d’une courte période de transition. Il n’est pas surprenant que l’appel s’adresse directement à l’Armée pour un dialogue direct avec les représentants du Hirak, l’institution militaire demeurant irrémédiablement l’acteur central de cette crise. Du haut de leur expérience, les trois personnalités, auteurs de l’appel, ont à l’évidence conscience du rôle de l’Armée dans l’édifice institutionnel du pays et surtout des contingences du moment. Dans une volonté manifeste de rester dans un cadre légaliste, l’Armée avait, au début de la crise, pris le soin d’insister sur une sortie selon les termes de la Constitution actuelle. Une Constitution certes malmenée, mais qui reste le seul texte fondamental qui fonde le fonctionnement des institutions de l’Etat. Le commandement de l’ANP a, depuis le début de la crise, refusé de sortir du cadre constitutionnel et insisté sur la tenue de l’élection présidentielle dans les délais impartis, c’est-à-dire le 4 juillet. Le chef d’état-major de l’ANP avait appelé, le 30 avril, à un «dialogue constructif avec les institutions de l’Etat (…) pour présenter des propositions constructives, rapprocher les points de vue et atteindre un consensus autour des solutions disponibles». Ce jour-là, le général de corps d’Armée avait déjà laissé entendre que l’élection pouvait ne pas avoir lieu à la date prévue, appelant à son organisation «le plus tôt possible». Depuis, Ahmed Gaïd Salah ne s’est plus exprimé directement sur la situation. Les interventions du chef d’Etat par intérim, en localisant son objet à la préparation de la présidentielle qui devrait se tenir, selon lui, « dans les délais », donnait déjà l’air que le cap était irréversible et que le scrutin du 4 juillet devrait impérativement se tenir malgré une situation explosive sur le terrain.

Garant de la stabilité
En l’état actuel de la crise politique, il semble inévitable que le dialogue ne saurait se faire autrement que sous l’égide et avec l’accompagnement de l’institution militaire. Les décideurs sont irrémédiablement tenus à préparer (si ce n’est déjà le cas) un plan B, qui pourrait être activé dès lors que l’option du 4 juillet est définitivement écartée. La démission de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, dans des conditions de tension extrême, avait laissé place à une situation de fragilisation évidente des différentes institutions de l’Etat. Seule l’Armée paraissait au-dessus du lot, jouant son rôle de garant de la sécurité du pays et maintenant un semblant de fonctionnement de l’Etat, en attendant le retour à la stabilité institutionnelle.
Mais le mouvement populaire, qui s’est enclenché un certain 22 février, a exprimé un refus franc de l’option Bensalah réfutant l’idée même de scrutin présidentiel sous l’égide des figures de l’ère Bouteflika. L’exigence populaire pour un changement véritable, dans une conjoncture de tension, a fait basculer le pays dans une véritable impasse. Le fait que le Hirak n’ait pas produit de représentants pour parler en son nom ne fera que perpétuer une situation de tension extrême et complexifier les possibilités de solutions à la crise. Alors que l’option de l’élection du 4 juillet confirme son impossibilité, le regard est plus que jamais dirigé vers l’institution militaire, non seulement comme garant d’une désormais inévitable transition, mais surtout comme initiateur de propositions d’un dialogue véritable pour mettre en place un cadre consensuel afin de résorber la crise qui menace le présent et l’avenir du pays.<