Le trio Ali Yahia Abdenour-Rachid Benyelles-Ahmed Taleb Ibrahimi a appelé, hier, l’institution militaire à engager un dialogue « franc et honnête » avec les représentants du mouvement populaire et les forces politiques et sociales qui l’appuient depuis son irruption le 22 février dernier.

Dans un « appel pour une solution consensuelle», les trois personnalités nationales aux parcours dissemblables plaident pour «une solution consensuelle» qui tienne compte des « aspirations populaires légitimes», invitant les autorités à abandonner l’option de l’élection présidentielle prévue pour le 4 juillet.
«Porteuse de graves dangers dans une situation régionale tendue, la situation de blocage à laquelle nous assistons par le maintien de la date du 4 juillet ne pourra que retarder l’avènement inéluctable d’une nouvelle République», écrivent-ils, confortant ainsi les formations politiques qui jugent «impossible» la tenue du scrutin présidentiel.
«Comment peut-on imaginer des élections libres et honnêtes alors qu’elles sont d’ores et déjà rejetées par l’immense majorité de la population, parce qu’organisées par des institutions encore aux mains de forces disqualifiées, opposées à tout changement salutaire ?», s’interrogent les signataires de l’appel. Une raison pour eux de demander «instamment» au commandement de l’ANP de «nouer un dialogue franc et honnête avec des figures représentatives du mouvement citoyen, des partis et des forces politiques et sociales qui le soutiennent, afin de trouver au plus vite une solution politique consensuelle en mesure de répondre aux aspirations populaires légitimes qui s’expriment quotidiennement depuis bientôt trois mois». En sus du destinataire clairement identifié, à savoir le commandement de l’ANP, de qui est attendue l’ouverture d’un processus de dialogue avec, notamment les représentants du mouvement populaire, les signataires confèrent à leur demande le caractère de « l’urgence » en évoquant une quête de solution « au plus vite ». Plus que cela, Ali Yahia Abdenour, Rachid Benyelles et Ahmed Taleb Ibrahimi suggèrent par «solution politique consensuelle », une réponse aux revendications légitimes portées par les Algériens qui investissent massivement la rue depuis bientôt trois mois pour réclamer le changement.

Plaidoirie pour une courte transition
Désapprouvant ainsi le maintien de l’élection présidentielle à la date du 4 juillet, les trois personnalités nationales – déjà signataires d’une déclaration, en octobre 2017, alertant notamment sur l’incapacité physique du Président sortant de continuer à diriger le pays – défendent une période de transition de courte durée et dirigée par des hommes dont les noms ne sont pas associé au pouvoir. Il s’agit, pour eux, en termes de temps et de composante, d’une «période de transition de courte durée, conduite par des hommes et des femmes n’ayant jamais appartenu au système profondément corrompu des vingt dernières années ». Pour ce qui est de la mission de cette transition, elle est considérée comme « nécessaire pour mettre en place les mécanismes et dispositions permettant au peuple souverain d’exprimer librement et démocratiquement son choix à travers les urnes – un processus qui va dans le sens de l’histoire- et que rien ni personne ne saurait arrêter », soulignent les signataires. Ces derniers n’ont pas tari d’éloges, dans l’introduction de l’appel, à l’égard du mouvement populaire, notamment son caractère «pacifique», tout en critiquant les visées du pouvoir en place à travers la candidature engagée de l’ancien président de la République pour un 5e mandat consécutif. Pour les trois signataires de l’appel, des millions d’Algériens, sont sortis, le 22 février, dans les rues pour « manifester pacifiquement, crier leur colère et refuser l’humiliation qu’un pouvoir arrogant et sûr de lui, voulait encore leur faire subir en annonçant la candidature pour un 5e mandat d’un homme qui vit à l’état végétatif depuis cinq ans ». Et de relever que « par leur caractère massif et strictement pacifique, les manifestations grandioses de ces treize dernières semaines ont forcé l’admiration du monde entier et nous ont rendu notre dignité trop longtemps bafouée, comme elles nous ont permis de recouvrer notre fierté d’appartenir à une grande nation». Les rédacteurs de l’appel estiment que les manifestations populaires
« auront également fortement contribué à renforcer l’unité nationale et la volonté du vivre ensemble, quelles que soient nos différences politiques, et nos sensibilités culturelles ou doctrinaires». Il faut noter que le nom d’Ahmed Taleb Ibrahimi a été fortement cité ces dernières semaines sur les réseaux sociaux comme «l’élu» du «Hirak» pour mener la période de transition, une option que le pouvoir politique refuse. L’exhibition de son portrait par des manifestants suscite des réactions passionnées et partagées parmi l’opinion publique entre partisans et opposants d’un tel choix.