Treizième vendredi de mobilisation pour des milliers de citoyens à Alger et à travers le territoire national avec un seul mot d’ordre « Yetnahaw gaâ » (ils dégagent tous) et pas de vote le 4 juillet.

Alors que le gouvernement s’obstine à vouloir organiser la présidentielle le 4 juillet prochain, le peuple de son côté ne lâche rien et rejette cette voie malgré les intimidations et obstacles mis sur son chemin. Hier encore, ils étaient des milliers à manifester à Alger malgré les barrages filtrants installés à l’entrée de la capitale mais, aussi, à celle de la ville de Bordj Bou-Arréridj, l’autre capitale du Hirak par le nombre impressionnant de ses manifestants. Face à des éléments de la sécurité, en grand nombre, les manifestants ont scandé des slogans hostiles au pouvoir et réitéré, pour la énième fois, leur rejet de l’élection présidentielle. « Un Etat civil, pas un Etat militaire », « Pour une République et non une caserne», ont scandé les manifestants en direction du chef d’état-major, tandis que d’autres brandissaient des pancartes mettant en garde contre le détournement des revendications du peuple et l’instrumentalisation de la justice. A côté des manifestants, des dizaines de présidents d’APC ont, aussi battu le pavé hier pour dire non aux élections. Pour la première fois depuis le déclenchement du mouvement populaire, l’accès à la Grande-Poste a été interdit aux manifestants (lire reportage en page 3). Un impressionnant dispositif sécuritaire a été déployé pour empêcher les gens d’accéder au parvis de la vieille bâtisse pour des raisons de sécurité. Pour justifier cette interdiction, que les manifestants ont eu du mal à digérer, la wilaya d’Alger a fait état de l’apparition de «fissures sur l’escalier de la Grande-Poste en raison de surpoids », annonçant des travaux de rénovation prochainement. De leur côté, les éléments des forces de l’ordre n’ont pas hésité à asperger les manifestants de gaz lacrymogènes, ce qui a déclenché quelques bousculades. Malgré les provocations, les manifestants ont préservé le caractère pacifique de leur protestation et maintenu leur mobilisation intacte.

Le hirak déterminé
Les autres régions du pays ont vibré également au rythme des marches pacifiques, comme cela a été le cas à Bouira où des dizaines de milliers de citoyens sont sortis pour rejeter les élections présidentielles du 4 juillet prochain. « Pas d’élections avec la I3 assaba. Bedoui Dégage. Bensalah dégage. ». Les manifestants ont également pointé du doigt le chef d’état-major : «Mon général G. Salah, votre entêtement renforce notre détermination. L’Algérie ne sera jamais une caserne. Elle sera sociale et démocratique».
A Tizi Ouzou, pour ce 13e vendredi de la mobilisation, la rue a de nouveau vibré au rythme des milliers de citoyens venus des villes et villages pour battre le pavé. «Courage et résistance», écrira ce manifestant sur une pancarte, comme pour signifier que la lutte pacifique peut prendre du temps. Des objectifs qui se résument toujours au départ du système et au démantèlent de tous ses symboles. Bedoui et Bensalah sont toujours appelés à dégager par les manifestants qui, désormais, demandent au chef de l’armée à faire de même et réclamant la fin de la justice sous influence. D’autres demandent au chef d’état-major de réviser sa feuille de route, lui qui insiste sur la solution constitutionnelle par l’organisation de l’élection présidentielle le 4 juillet prochain. « Non à l’autoritarisme constitutionnel ! », tranchent les manifestants, qui disent non à l’élection et réclament une période de transition en dehors du système et de ses hommes.

«Départ de tout le système» et pour une transition
Imposante marche aussi à Béjaïa où le principal mot d’ordre, scandé lors de cette forte mobilisation, est le rejet massif des élections présidentielles du 4 juillet, scandant «Ulachsmahulach, ulaclvotulac» (Pas de vote). Les manifestants ont réitéré leur appel pour «le départ de tout le système » et pour une transition, qui ne soit pas conduite par les responsables à l’origine de cette situation. Autre slogan, largement partagé par les protestataires, « Djoumhouria, machikaserna ». Au milieu des manifestants, il y avait les emblèmes, algériens et de tamazgha, côte à côte en guise de réponse à ceux, qui tentent désespérément de briser l’unité nationale, en essayant de choisir la Kabylie comme cible et affaiblir ainsi le mouvement. Mais tout le monde a eu pour son grade.
Par ailleurs, des manifestants ont appelé à la libération d’Issad Rebrab, le P-DG de Cevital, de Louisa Hanoune, SG du Parti des travailleurs et de Hadj Gharmoul, le manifestant, arrêté avant le début du Hirak. Il y a lieu de signaler en outre que les avocats du bâtonnat de Bejaia n’ont pas manqué de réaffirmer leur soutien indéfectible au mouvement populaire et scandé, haut et fort, « Pour une véritable indépendance de la justice » et pour l’application de l’article 7 de la Constitution.
A l’est du pays, à Annaba, la mobilisation ne cesse d’augmenter depuis le début du Ramadhan après une tendance baissière de plus de 5 semaines. Ils étaient plusieurs dizaines de milliers de marcheurs à réclamer le départ de la «Îssaba» (la bande) et un changement radical du système. «Ma kanechintikhabatmâa el issabat» (pas d’élections avec les clans) semble être le slogan de ce treizième vendredi de protestation. Cette semaine encore, les manifestants ont tenu à adresser un «carton jaune» au chef d’état-major de l’Armée et vice-ministre de la Défense nationale, le général de corps de l’armée Ahmed Gaïd Salah. Une banderole géante accrochée sur la terrasse du Cours de la Révolution, sur laquelle on pouvait voir des figures de l’opposition, à l’image de Karim Tabou, Mustapha Bouchachi et Samir Benlarbi, représentés en tant que l’armée des Zouaves aux côtés de Ahmed Ouyahia, a été déchirée par les manifestants qui ont accusé les mercenaires de la contre-révolution d’avoir mis cette banderole pour diviser le peuple. Pareil à El Tarf, où les manifestants étaient encore plus nombreux. Drapés de l’emblème national, ils ont brandi haut des pancartes appelant à une «Algérie libre et démocratique», le «Peuple n’est pas dupe» et «Pas d’élection le 4 juillet», mais également des messages à l’adresse du chef d’état-major «De quel côté es-tu
Gaïd ?». Le nom de Taleb Ibrahim a été aussi scandé pour participer à la phase de transition.

Bordj Bou Arreridj toujours au rendez-vous
A Bord Bou Arreridj, malgré que les entrées aient été bloquées par des barrages filtrants, la mobilisation citoyenne était toujours impressionnante. Près du désormais célèbre palais du peuple, impossible de se frayer un chemin tellement la foule était compacte. Un iftar collectif a aussi été organisé pour la circonstance et pour honorer les invités de la ville qui fait des kilomètres juste pour partager des moments forts de la manifestation dans la capitale du Hirak. Du côté ouest du pays, les citoyens étaient au rendez-vous du Hirak notamment à Oran où la mobilisation est intacte.
Rassemblés à place d’Armes, les manifestants ont scandés en chœur « Non à la mascarade du 4 juillet », « Oui pour une véritable démocratie ». A Mostaganem, des milliers de manifestants ont battu le pavé dans les principales artères de la ville aux cris de « Djazaïr Hora Dimocratia » et « Le peuple est souverain ». A Sidi Bel Abbès, ce sont des centaines de manifestants qui étaient déterminés à gagner leur cause, à savoir réclamer encore une fois le départ de l’actuel système, répétant « Bensallah et Bedoui dégagez », et « On ne veut pas des élections organisées par la bande ». « Oui à un pouvoir civil et non militaire », « 4 juillet makech el vote ».