Les affaires de justice se multiplient à un rythme inédit, suscitant moult interrogations sur les soubassements de cette inattendue opération « mains propres » et aussi sur le degré de dégénérescence entourant la gestion des affaires publiques.

Une soixantaine de hauts fonctionnaires de l’Etat sont entendus dans les procès concernant des détournements de deniers publics. Plusieurs anciens ministres et hautes personnalités de l’ère Bouteflika ont été convoqués au tribunal civil d’Alger pour des affaires liées à la corruption. Parmi les personnalités convoquées, les deux anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, mais aussi l’ancien ministre du Commerce Amara Benyounes, l’ex-ministre des Finances Karim Djoudi, ou encore l’ex-wali d’Alger Abdelkader Zoukh. Ces personnalités ont été convoquées dans le cadre de l’enquête pour corruption qui vise l’ancien président du Forum des chefs d’entreprise (FCE) Ali Haddad. Ce dernier est en détention provisoire depuis le 2 avril à la prison d’El-Harrach.
Alors que la crise politique fait toujours du surplace, la justice semble être un secteur à part, ayant pris un rythme jusque-là inconnu en Algérie. Il ne se passe pratiquement pas un jour sans l’annonce d’une audition, d’une ouverture d’enquête ou d’une mise sous mandat de dépôt touchant une personnalité notoire ayant occupé un poste de responsabilité sous Bouteflika. Cette opération semble ne vouloir pratiquement épargner aucun responsable sur lequel pèsent des soupçons d’affaires de prévarication. Comme l’ex-wali de Tipasa Mustapha Layadi qui a comparu devant le juge d’instruction près le Tribunal de Tipasa pour être entendu dans le cadre d’une enquête judiciaire dans une affaire de corruption. L’ancien président du Conseil constitutionnel Tayeb Belaïz a été également convoqué, jeudi, par le Tribunal militaire de Blida. Il comparait en qualité de témoin et a été entendu dans l’affaire Saïd Bouteflika-Toufik-Tartag. Il est évident que Belaïz a joué un rôle singulier, notamment dans les derniers jours du pouvoir de Bouteflika qui se sont caractérisés par une grande tension. Ces comparutions inédites continuent à susciter des interrogations sur les véritables intentions d’une telle campagne. De nombreux observateurs craignent qu’elles aient pour double objectif de vouloir apaiser la contestation populaire en lui offrant des personnalités symboles de la corruption, tout en servant de prétexte à une purge au sein du pouvoir dans le cadre de luttes internes. Il est clair que tant que la crise politique ne trouve pas d’issue, la méfiance devrait perdurer au sein de l’opinion. Lors des manifestations chaque vendredi, les Algériens exigent inlassablement le changement et la mise en place d’un Etat de droit. En attendant, le secteur de la justice semble aujourd’hui au cœur d’une activité inédite. Jeudi, les deux procureurs d’Alger ainsi que le responsable de l’Organisme de lutte contre la corruption ont été démis de leur fonction par le Président par intérim et remplacés. Le retour de Belkacem Zeghmati a été particulièrement remarqué. Ce Procureur général, dont le nom a été mêlé à l’affaire Chakib Khelil, avait annoncé le lancement d’un mandat d’arrêt international contre l’ancien ministre de l’Energie et proche de l’ex-président Bouteflika. Ce qui lui vaudra d’être limogé. Son retour augure-t-il la réouverture de grands dossiers de corruption à l’image de ceux de Sonatrach ? <