« Pouvez-vous mettre le documentaire à la disposition de tout le monde en le diffusant sur les réseaux sociaux ? » La question émane d’une jeune femme, la vingtaine environ, et elle était posée à Bahia Bencheikh Lefgoun, la réalisatrice du fameux « Fragments de rêve ». La réponse de la cinéaste était un refus, tout en lui faisant une proposition : « il suffit juste de vous organiser en groupe pour le visionner ensemble dans un espace de votre choix, et je me ferai un plaisir de vous le donner. Juste contactez moi ». La jeune fille réagira spontanément « mais est ce qu’on va nous donner l’autorisation ? ».

Réalisation de la vidéo: Salim KOUDIL

C’était hier soir, jeudi 16 mai, lors de la projection organisée à la salle du café littéraire « Sous Marin », à Alger, par le ciné club « Le Club 67 ». La réaction est symptomatique de cet état d’esprit dans lequel « nage » encore de nombreux algériens, jeunes ou moins jeunes, celle de la peur d’entreprendre des initiatives. Malgré tout ce qui se passe dans le pays depuis le 22 février dernier, l’assistanat est toujours omniprésent. la route reste longue pour reconquérir des espaces, physique et psychiques, qui se sont habitué à l’ambiance d’ « antan ».

Chawki Smati était l’animateur des débats (photo: Salim KOUDIL)

D’autres questions ont été abordées lors de cette soirée ramadanesque lors des débats ayant suivis la projection du documentaire. Il y a eu entre autres le procès de la « pseudo classe d’intellectuels », du système judiciaire et de la situation du cinéma algérien avec le manque flagrant des salles à travers le pays. Il y a eu également des échanges animés autour du sud algérien et de la prolifération du chômage dans cette région. Un seul point a fait l’unanimité, celui de la « maturité » des supporters de football. Tous étaient d’accord que ce qui se passe depuis le 22 février n’est pas le produit d’ « une génération spontanée ». Les tribunes des stades étaient surement un défouloir pour la jeunesse, mais au fil du temps elles se sont transformées en des bases de lancement d’un vaste mouvement populaire.  

Le Club 67 n’aura finalement pas raté sa soirée. Comme promis par ses initiateurs, la libre expression était présente, et l’esprit underground régnait tout autour des débats. RDV jeudi prochain, même lieu, même heure, mais avec un autre produit cinématographique « Contre pouvoirs ».

@SalimKoudil

19h19 (4) : Smala