C’est aujourd’hui, 16 mai, que sera célébrée la Journée internationale du vivre-ensemble en paix. Cette journée a été inscrite au calendrier des Nations unies en 2017 à l’initiative de l’Algérie et de Cheikh Khaled Bentounes, figure confrérique connue et fondateur de l’Association internationale soufie Alawwiya.

Par Leila ZAIMI (avec Paul Arsene Alain)


Elle est le fruit d’une résolution (72/130) adoptée par consensus par 193 pays. Son objectif est la « mobilisation continue des efforts déployés par la communauté internationale en faveur de la paix, de la tolérance, de l’inclusion, de la compréhension et de la solidarité». Un plan magnifique d’engagement pour l’entraide et pour l’acceptation de l’Autre, mais qui est loin d’être concrétisé, en particulier lorsqu’on s’intéresse à nouveau à la condition des migrants subsahariens  : victimes de réseaux maffieux de passeurs et d’organisations du même ordre spécialisés dans la mendicité, fuyant les services de police, ils souffrent de stigmatisation et sont taxés de tous les maux. Verbatim. Catherine est une jeune femme originaire de la République démocratique du Congo, elle vit en Algérie depuis neuf ans avec son époux et ses quatre enfants : « Je suis arrivée en Algérie en 2010, fuyant les troubles à l’Est de la RDC (le Nord Kivu) avec mon époux et deux enfants dont j’avais à l’époque. Depuis ma date d’arrivée à ce jour, je vis comme quelqu’un qui a moins d’un mois dans un pays étranger, tout est verrouillé, pas de travail, les entrepreneurs ne peuvent pas employer mon mari par crainte de représailles des autorités qui interdisent le droit de travail aux étrangers en situation irrégulière. Pour subvenir aux besoins de notre famille, nous vendons la nourriture à domicile, mais les revenus de ce commerce sont loin de nous permettre de joindre les deux bouts, payer le loyer et autres obligations.
Cela étant, nous sommes tenus à demander de l’aide à nos proches qui sont installés en Europe », a-t-elle raconté, poursuivant : « Mon époux a déjà été expulsé hors du territoire au Sahara à cinq reprises : trois fois entre 2010 à 2012 et deux fois en 2016 et 2017, mes deux derniers enfants n’ont pas de certificat de naissance, ils ne pourront pas aller à l’école, nous nous trouvons dans une situation où avancer et rentrer sont impossibles ; rester est un autre combat au quotidien et nous ne savons quoi faire». Profitant de cette occasion, Catherine a appelé les autorités algériennes à penser à la misère des migrants « nous demandons au gouvernement de penser à nous, en autorisant le travail et donner la résidence à certains migrants», a-t-elle appelé. Dorothée est une Ivoirienne de
24 ans, en Algérie depuis quatorze mois : « Je suis une ancienne esclave qui était dans les griffes des passeurs, à partir d’Aïn Guezzam.
Une bande de trafiquants d’êtres humains bien organisée, composée de noirs Algériens et Subsahariens, nous a transportés de Aïn Guezzam à Tamanrasset moyennant de l’argent, arrivés à Tamanrasset chez Hassan, un Touareg, ils nous ont enfermés dans deux pièces une pour hommes et l’autre pour femmes. Le lendemain dans la soirée, des acheteurs sont venus négocier ‘’la marchandise’’. Les femmes sont vendues entre 50 000 DA à 100 000 DA selon l’âge et la beauté et les hommes 50 000 DA. Une fois vendus, les hommes sous la torture sont obligés d’appeler leurs familles hors de l’Algérie pour envoyer de l’argent mais surtout pas en Algérie, mais au Mali pour éviter le repérage de ces gens au niveau de la banque, une fois le butin reçu au Mali, il trouve un véhicule allant à Béchar ou Ghardaïa. Dans le cas où l’argent tarde à venir, vous êtes constamment sous torture surtout quand ils vous mettent en communication avec votre famille. Des méthodes hitlériennes pour obtenir l’argent du prix d’achat qui est souvent multiplié par trois. Côté femmes, elles sont transformées en objets sexuels à des sommes dérisoires pour restituer le triple du prix de leur achat, ou parfois revendue pour un mariage forcé comme ça été mon cas : après trois mois de prostitution forcée, mon gourou m’a vendu à un Guinéen à Tamanrasset à 500 euros, après deux mois de calvaire dans la peur et la violence, j’ai forcé la porte pendant qu’il était au chantier et je me suis évadée. Aujourd’hui, j’allaite l’enfant non désiré de ce Guinéen. Je suis dépassée ! Je demande à l’Etat algérien d’intervenir, car c’est grave il y a des morts et personne n’en parle, les autorités ignorent ce qui se passe dans le Sud du pays », nous a-t-elle déclaré.
Ousmane est Malien, en Algérie depuis 2002 : « Je vis à Alger depuis 2002, mais je ne suis pas différent d’un nouveau venu, parce que nous partageons le même quotidien. Nous sommes tous dans les petits boulots de chantier quand on rencontre un entrepreneur courageux on travaille quelque temps, ensuite c’est le chômage. 17 ans dans le pays, je dois sortir des frontières chaque trimestre pour renouveler mon visa, c’est pénible et coûteux », nous a-t-il déclaré, avant d’enchaîner : « Nous demandons aux autorités d’ouvrir un service de renouvellement ici en Algérie moyennant la même somme du billet aller-retour pour le cachet d’entrée, cela nous ferait énormément de bien. Un autre problème : je vis à Bordj El Kiffan où les commissariats ont mis en place un système d’intimidation nous empêchant de déposer plainte en cas de problème, surtout les commissariats de la cité Faizi et Bordj El Bahri. Nous demandons un peu d’attention à nos sollicitations », a-t-il appelé.

Enfants subsahariens, «enfants vendus»
La migration clandestine des enfants subsahariens en Algérie a un but purement « commercial », nous a déclaré clairement Mme Sidonie Boumso, une Camerounaise et militante associative chargée de l’aide aux mères et à leurs enfants. « L’immigration des enfants subsahariens est un commerce », a-t-elle dit. « C’est un commerce qui profite à qui ? », s’est-elle interrogé. « Nous devons enquêter comment arrivent ces enfants ?».
Elle affirme qu’ils viennent ici en Algérie pour un seul objectif : « Mendier ».
«D’ailleurs, ils ne viennent pas avec leurs parents. Les adultes qui accompagnent des enfants ne sont pas leurs vrais parents».
Elle affirme également que les enfants que nous voyons dans la rue sont « des enfants vendus». «Ils n’arrivent pas avec leurs parents. Ce sont des enfants de passagers, ces derniers sont rémunérés à la fin du mois ou la fin de l’année ».
« Les gens qui vous voyez ne sont jamais avec leurs parents ». « Nous assistons à une sorte de trafic d’enfants sans pouvoir rien faire». Elle confirme aussi que « ces enfants mendiants sont exploités et fouillés par leurs représentants ». La situation s’aggrave jour après jour, elle est vraiment « désolante ». « Avant, nous trouvions ces enfants qu’au niveau de la capitale, maintenant ils sont un peu partout sur le territoire algérien ». Je dirai que « plus l’Etat algérien refoule des migrants, plus ils arrivent ».
« J’ai déposé plusieurs requêtes, entre autres proposé à l’ambassadeur du Niger de ramener tous les enfants nigériens dans un camp. Malheureusement, elles n’ont pas abouti », a-t-elle regretté. « Les enfants sont nés, normalement, pour avoir des droits », a-t-elle estimé.
Dans le même ordre d’idées, et selon elle, « ni les ambassadeurs, ni les organisations non gouvernementales, ni l’Etat algérien ont pu arrêter ce phénomène », a-t-elle-regretté.
L’association dont elle fait partie «Mirage mères et enfants» «aide les enfants subsahariens également. Nous réunissons les enfants algériens et subsahariens dans les fêtes et les sorties que nous organisons afin d’encourager les valeurs de tolérance chez les enfants ». D’autre part, « les enfants subsahariens qui naissent en Algérie ont le droit d’avoir l’acte de naissance, depuis deux ans », a-t-elle dit, ajoutant que « les enfants subsahariens ont le droit d’aller à l’école », a-t-elle apprécié.
Notre rôle est d’«aider les enfants ainsi que les migrants pour leur trouver un emploi. Nous ciblons particulièrement les jeunes filles parce qu’elles sont les mères de demain ».
A travers notre association « Mère et Enfant », «nous avons pu créer un réseau de solidarité et d’entraide au sein de la diaspora. Nous essayons de nous entraider, de régler nos problèmes d’abord». Quant au financement, «généralement, on s’autofinance », a-t-elle dit. «Mon but est d’aider les ressortissants de pays africains qui sont en Algérie à s’intégrer ». À ce sujet, elle a mis l’accent sur le fait que «beaucoup de Subsahariens cherchent à s’intégrer dans la société algérienne. Une très grande partie ne vise pas l’Europe quand ils s’installent en Algérie ».