Très en vue depuis l’entame du Hirak par ses analyses consacrées à la situation actuelle du pays, Saïd Sadi a publié, hier, un nouveau post sur sa page Facebook à travers lequel il constate que le chef d’état-major de l’ANP s’accroche à la tenue de l’élection présidentielle pour le 4 juillet, au moment où le peuple continue à rejeter cette option, laissant s’exprimer une multitude de signes qui la rend techniquement impossible. Mais, cette fois, Saïd Sadi passe le stade de l’analyse et s’invite au débat sur la sortie de crise, via une période de transition. « Au fur et à mesure que les semaines passent, les appels des Algériens en faveur d’une transition démocratique, ayant vocation à libérer le pays de l’emprise d’un système qui a nié le peuple, se font plus pressants. Petit à petit, le double langage militaire patine, puis les messages hebdomadaires de l’Armée cessent, avant même l’entame du moindre contact », écrit l’ex-leader du RCD, avant de faire remarquer que «pour dialoguer il faut être deux » et que «si les solutions peuvent diverger, il est souhaitable que les grands constats soient partagés». Or, «les divergences n’ont pas été levées parce qu’elles n’ont jamais été abordées», explique-t-il. Cette évolution dans les rapports entre l’état-major de l’ANP et le mouvement populaire s’est soldée par une «rupture » entre les deux parties, insiste Saïd Sadi, qui attribue cette situation à «l’incompatibilité ». En effet, ajoute-t-il, « involutif, l’état-major travaille, à travers l’activation de l’article 102, à la transmission clanique d’un pouvoir autocratique », alors que « dynamique, le mouvement citoyen demande le départ du système pour instaurer un régime démocratique ». Et de conclure que « ces dernières semaines, la rupture se voit dans les contenus, les méthodes et les objectifs des deux vis-à-vis », insiste-t-il, considérant que le temps est maintenant une évaluation « pour apprécier les acquis, analyser les méthodes et, surtout, envisager les solutions possibles ». Dans ce sens, l’opposant politique inscrit sa vision dans le cadre de la transition et ses organes et mécanismes qui, estime-t-il, font consensus au sein des différents acteurs de la vie sociopolitique du pays sous la houlette du peuple et de son mouvement de contestation. « A quelques détails près, les organes et mécanismes dédiés à la transition font largement consensus. Présidence collégiale, directoire de la conférence de transition, commission indépendante d’organisation des élections, assemblée chargée d’élaborer la Constitution précédée de la prescription des préalables démocratiques…». Et c’est sur la conduite à suivre par les membres désignés pour diriger cette étape de transition que Saïd Sadi oriente ses recommandations. Ces derniers doivent s’y consacrer exclusivement et renoncer à toute autre investiture ou responsabilité ultérieures», tout comme ils «devront, naturellement, adhérer eux-mêmes aux valeurs démocratiques universelles et le proclamer », estime-t-il. En outre, ces mêmes membres « devront, pendant toute la durée de leur mandat, c’est-à-dire jusqu’aux résultats des élections législatives et présidentielle, s’interdire de tout engagement politique ou partisan. Le programme, qu’il soit libéral, progressiste, conservateur ou pragmatique, sera l’affaire des femmes et des hommes qui auront à affronter les suffrages des électeurs dans des conditions de transparence et de régularité irréprochables, si on veut donner toutes ses chances à la nouvelle Algérie », poursuit-il. Les choses devraient évoluer de la sorte d’autant que « la phase de transition n’est pas une période probatoire pour l’accès au pouvoir mais, une parenthèse ayant pour unique objectif de préparer et de garantir l’accès, l’exercice et le contrôle de l’exercice du pouvoir républicain », souligne encore Saïd Sadi, en préconisant l’adoption d’une charte qui prendrait en charge ces fondamentaux, faisant que « le reste devienne factuellement plus simple à réaliser », selon lui. Saïd Sadi évoque également les modalités de désignation des membres, appelés à gérer les différentes instances de la période de transition. Sur ce registre, il note l’existence de plusieurs formules et, partant, rappelle celles d’élections électroniques proposées par le think tank Nabni dans ses chantiers de la refondation. Par ailleurs, « on peut organiser des élections régionales autour des six wilayas historiques. Des assemblées régionales désignant plusieurs responsables, participant aux diverses structures transitionnelles, peuvent être programmées. Au besoin, des primaires peuvent être envisagées, les pré-élus pourront dégager en leur sein les futurs animateurs … », propose M. Sadi. « Le dialogue étant refusé, les compromis étant peu probables, l’Algérie réelle, qui s’affirme à longueur de semaine, doit maintenant se prendre en charge. La question n’est pas de savoir si l’échéance électorale du 4 juillet va échouer mais de prévenir les coûts de son échec », écrit-il en guise de conclusion.<