La grogne sociale ne semble pas près de se calmer à Constantine. Après l’Etrag, qui a bouclé sa cinquième semaine de grève et l’hôpital de Khroub qui voit aussi la protesta de ses travailleurs virer vers une impasse, c’est au tour d’autres organismes d’exprimer leurs revendications face aux tutelles qui ne savent plus sur quel pied danser.
Nous avons appris hier, concernant les travailleurs de l’ex-Sonacome Oued H’mimime (Etrag), le wali de Constantine aurait accepté d’être intermédiaire entre les protestataires et la tutelle, au ministère de l’Industrie. C’est une condition pour que les grévistes de l’Etrag lèvent le siège qu’ils avaient installé tout près du cabinet du wali de Constantine en début de semaine. Les travailleurs de l’hôpital de Khroub, quant à eux, ne se sont pas gargarisés des promesses du directeur de la santé de Constantine, puisqu’ils ont observé un sit-in mardi pour exiger le versement de leur salaire du mois d’avril et ne veulent surtout pas entendre parler du retour du directeur, qu’on tente de leur imposer contre le versement des salaires. A ce dernier, il est reproché un népotisme criant, une mauvaise gestion, et le mépris envers le personnel de l’établissement hospitalier.
Aux cortèges des grévistes cités plus haut, sont venus se greffer d’autres mécontents qui entendent faire valoriser leurs réclamations.

Histoire de «dégagisme»
Il en est ainsi de la direction du commerce de la ville de Constantine, dont les fonctionnaires ne sont ni en grève ni au travail. Ils observent depuis des semaines des grèves perlées, ponctuées par des sit-in devant leur siège de 9h30 à midi. Par ces actions, sous l’étiquette du Snapap, les frondeurs entendent attirer l’attention sur l’application des règlements régissant leur profession, l’augmentation de la prime de dédommagement insignifiante, l’activation de la prime de caisse complémentaire, revoir les critères d’avancement de carrière. Toute une batterie de revendications qui comprend quand même 26 points à débattre. Pour rappel, cette grève a été observée au niveau national, puisque pratiquement toutes les directions de commerce des 48 wilayas sont en grève. Nous avons aussi appris que les travailleurs de la wilaya de Oum El Bouaghi ont repris le travail, alors que les contestataires constantinois, par contre, menacent de recourir à une grève de trois jours dès dimanche prochain, reconduite à chaque début de semaine, si la tutelle continue de faire la sourde oreille.
A un jet de pierre du siège de la direction du commerce, la société de gestion des zones industrielles (Gezi), est aussi en ébullition puisque ses employés aussi suivent l’air du moment en organisant grève et sit-in devant le siège de leur entreprise. Là aussi, il est demandé que le directeur fasse ses bagages, accusé de régionalisme, de favoritisme et de faire pression sur les travailleurs. Les conditions de travail sont aussi, selon un interlocuteur, réduites à leur simple expression puisqu’il est devenu impossible de vaquer à son travail eu égard à la dégradation du mobilier et l’absence de commodités les plus simples comme le chauffage. Les 58 travailleurs de l’entreprise n’ont pas encore vu leurs revendications aboutir malgré la promesse du directeur général des zones industrielles. Le directeur régional, honni, «dans une tentative de diviser les travailleurs a essayé de créer une autre section syndicale» et refuse tout dialogue avec les contestataires. Situation de blocage, comme à l’Etrag, l’hôpital de Khroub, la direction du commerce et … Constripest (ex-Sorest).
Cette dernière, entreprise de construction et d’urbanisme, est aussi à l’arrêt, suite au débrayage de ses travailleurs. Là aussi, on exige une unification des paies, le vote pour les membres du CP, l’intervention de la tutelle. Les revendications sont portées par les quelque 600 travailleurs de l’unité.
D’autres protestataires ont aussi exprimé leur colère et leur rejet de leurs directions, comme ceux du Laboratoire des travaux publics où des revendications de primes de déplacement et de panier, de salaires et d’ancienneté, entre autres, ont été brandies par les nouveaux arrivants sur le «marché des contestations» qui devrait avoir encore de beaux jours devant lui.