Bob Dylan, né en mai 1941, dans le Minnesota, est ce géant de la folk music américaine, ce «wandering troubadour» qui sillonnait son pays, son harmonica autour du cou et sa guitare accrochée à son dos, pour chanter ses «pop songs» et soulever les campus, adeptes de la contre-culture.

Le jeudi 13 octobre 2016, il s’est passé une chose très curieuse, totalement inattendue. Ce jour-là, à Stockholm, l’Académie du prix Nobel de littérature a annoncé le nom de l’heureux lauréat : Bob Dylan ! Une annonce qui a provoqué un séisme, l’effet d’une bombe culturelle. Le chanteur lui-même s’est dit très surpris. Il a mis un temps fou à comprendre ce qui lui arrivait. Il paraîssait confus et même embarrassé par son prix Nobel. Ce n’est que le 5 juin de l’année suivante que Bob Dylan fait remettre finalement son texte d’acceptation, sous forme d’un enregistrement audio. Cette période de silence de la part de Bob Dylan a fait dire à certains, en Suède, qu’il était impoli, arrogant. Bob Dylan n’est pas apparu à la cérémonie de remise de prix mais il a touché la somme qui va avec le prix, 8 millions de couronnes suédoises, l’équivalent de 200 000 Euros. Le prix Nobel a été décerné à Bob Dylan, précise l’Académie suédoise, pour «avoir créé de nouvelles expressions poétiques dans la grande tradition de la chanson américaine». Dans son texte d’acceptation, Bob Dylan déclare : «Quand j’ai reçu le prix Nobel de littérature, je me suis demandé quel était précisément le lien entre mes chansons et la littérature. Je voulais y réfléchir et découvrir la connexion.» Dylan cite des livres qu’il a lus et relus parmi lesquels «Don Quichotte», «Robinson Crusöe», «Le Voyage de Gulliver», «les poèmes de Rimbaud», «le théâtre de Bertolt Brecht». Sans oublier évidemment les œuvres de la «Beat Generation», les écrits de Kérouac, Ginsberg, Ferlinghetti, et tous les poètes bohèmes qui tournaient autour de la librairie mythique de San Francisco, la très célèbre Citylight Bookstore, sur Colombus Avenue, tout près de China Town. «The Times They are a-changin», c’est la chanson-phare de Bob Dylan. Une autre chanson, célèbre aussi, «Blowing In The Wind» a été chantée par Bob Dylan en compagnie de Joan Baez, Nina Simone pour accompagner les cortèges de Civil Right Movement et Anti-War Movement à travers les Etats-Unis. C’est «The Times They are
a-Changing», qui ressemble à une chanson sur ce qui se passe aujourd’hui en Algérie, une chanson sur le Hirak…Voici ce que Dylan chante : «La bataille fait rage/ Celui qui ne suit pas le mouvement risque d’être emporté/ Venez tous pères et mères des quatre coins du pays/ Ne dénigrez pas ce qui échappe à votre entendement/ Parce que les temps changent/ Vos fils et vos filles sont devenus grands maintenant/ Laissez-les libres de choisir de nouvelles voies/ Parce que les temps changent/ La voie est tracée, le sort est jeté/ Ce qui démarre lentement va s’accélérer/ L’ordre établi est en train de disparaître/ Parce que les temps changent. » Contre la guerre du Vietnam et toutes les guerres, Bob Dylan chante dans «Blowing In The Wind» : «Combien de temps les canons doivent-ils encore tonner/ Avant qu’ils ne soient à tout jamais proscrits/ Et combien d’années certains peuples doivent t-ils encore vivre / Avant qu’il leur soit permis d’être libres/ Et jusqu’à quand un homme doit-il détourner le regard/ En faisant croire qu’il n’a rien vu.» Cela étant, jusqu’à aujourd’hui, beaucoup de gens n’ont toujours pas compris l’honneur fait à Bob Dylan. On entend et on lit souvent : comment se fait-il qu’un chanteur reçoive le prix Nobel de littérature ? Cela ne s’était jamais vu. Sara Darius, la secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise a répondu : «Notre choix est logique, évident, Bob Dylan est un grand poète.» Le prix a récompensé son talent littéraire de poète et sûrement pas sa célébrité mondiale. Et un ami de Dylan, le chanteur Bruce Springstern, a déclaré : « Si Elvis a donné un corps au rock, Bob Dylan lui a donné un cerveau.» n