Un vibrant hommage a été rendu, avant-hier soir, à la grande dame du style hawzi-chaâbi Nadia Nora Bouchama, plus connue par son nom de scène Narjess, par l’Office national des droits d’auteur et droits voisins (Onda), lors d’une soirée mémorable abritée par la grande salle du Théâtre national algérien (TNA), en présence d’un nombreux public composé majoritairement de familles.

A travers cette soirée, entièrement dédiée à Nardjess, l’Onda a voulu rendre hommage à la globalité de sa brillante carrière artistique et à son apport indéniable à ce style musical, qu’elle aurait sublimé par sa voix hors du commun. Les organisateurs ont également tenu à saluer sa contribution à la préservation du répertoire patrimonial ancestral de la musique citadine. Le programme de cet hommage débutera par la présentation d’une vidéo de plus d’une dizaine de minutes, réalisée par l’Onda à cette occasion. Le public y découvre des images de l’artiste relatant des souvenirs en photos, des soirées qu’elle aurait animées avec les grandes stars telles que Fadhéla Dziria, Boudjemaâ El Ankis, Meriem Fekkaï ou encore El Hachemi Guerouabi. Suite à cette projection, le rideau se lève sur l’apparition sur scène de Nardjess, vêtue d’un sublime karakou, pleine d’élégance et de raffinement. Les présents se sont spontanément mis debout pour l’accueillir chaleureusement avec des applaudissements ponctués par des youyous et des «bravos» pour son impressionnant parcours. Après ces salutations dithyrambiques, la grande dame de la musique citadine algérienne laissera place à la troupe musicale de l’association de musique andalouse «Ahl El Fen de Kouba», composée essentiellement de jeunes talents, dirigée par Nesrine Bourahla. Durant plus d’une heure et demie, les membres de cette troupe interpréteront les titres les plus connus du répertoire hawzi agrémentés de danses algéroises. Ils ont notamment interprété «Ladh’dha li chorb el âchiya», «Rachiq el ked», «El qalb bat Sali», «Selli houmoumek», «Ah ya bellaredj», «Ya qalbi khelli el hal», «Kahl el âïn emdeble echfar», «Ya lawn el âssel», «Hanina haninaya» et «achqui weghrami» ainsi que d’autres titres du même répertoire.
Suite à cette prestation des talentueux membres du jeune orchestre, Nardjess avec toute sa splendeur les rejoint sur scène et prend le relais en interprétant pour le plus grand bonheur du public des titres intemporels à l’instar de «Ya men bi el-awzar», de sa voix angélique avec son fort tempérament, enchaînant avec les medh «Salet aâla Mohammed» et «Aâchqi wegh’rami» sous les youyous des femmes. Subjugués par la fraîcheur de son interprétation, malgré sa longue absence de la scène artistique, le public la gratifia par un nouveau standing-ovation retentissant. Le directeur général de l’Onda rejoindra par la suite la chanteuse sur scène afin de lui offrir un trophée et un chèque en gratitude à tout ce qu’elle a apporté à la culture algérienne. Très émue, la chanteuse remerciera les organisateurs de cet hommage, en soulignant : «Je remercie en particulier le directeur de l’Onda, qui accompagne toujours les artistes de toutes les disciplines confondues». Elle félicitera ensuite les jeunes artistes pour leur intérêt à cet art et pour la chanson ancestrale en soulignant : «Vous devez travailler comme vous l’avez si bien fait, aujourd’hui, c’est important pour la continuité de notre patrimoine culturel». Il est à noter que lors de cette soirée, une compilation de quatre CD, intitulée «Narjess chante Fadhéla Dziria et Meriem Fekkaï», accompagnée d’un livret, produit par l’Onda, a été présentée au public.
Pour rappel, Narjess fait partie des plus grandes pointures de la chanson algéroise. Elle est considérée par de nombreux spécialistes comme la digne représentante des précurseurs de la chanson traditionnelle citadine féminine. Sa carrière verra le jour, en 1973, lors de son passage dans l’émission phare «Alhan oua chabab», où elle a été dévoilée au large public. Née le
12 décembre 1955, cette native de Cherchell entame ses premiers pas artistiques dès l’année 1970 au sein de la première chorale polyphonique d’Alger puis à l’Institut national de musique sous la direction de Yahia Guidoum et Yelles Choukri. Avec «Addète d’mouai» et «Nedjm eddoudja asses», deux autres œuvres produites par l’ensemble musical de la Radio et Télévision algérienne que dirige le grand chef d’orchestre Haddad El-Djillali, elle connaîtra un grand succès auprès du grand public et des mélomanes. n