Les signaux annonçant l’improbabilité que l’élection présidentielle puisse se tenir à la date prévue, à savoir le 4 juillet, se multiplient jour après jour, semaine après semaine, en dépit de la volonté du pouvoir politique à respecter l’agenda électoral sur fond d’attachement au cadre constitutionnel.

Et c’est à quelques jours seulement de la date limite pour le dépôt des dossiers de candidatures, que l’opération électorale semble se rapprocher davantage de la case de l’improbable, car peinant encore à prendre forme au vu du contexte politique du pays fait d’une mobilisation populaire exigeant le départ du régime et de ses figures et s’opposant, dans le sillage, à la tenue de ce scrutin. Les partis politiques les plus en vue sur la scène n’accordent plus aucun crédit à cette consultation, des catégories sociales, à l’image des étudiants, s’opposent, à travers des marches hebdomadaires, à cette perspective d’une présidentielle qu’encadrerait le gouvernement décrié. C’est dans un contexte de fortes incertitudes quant à la tenue ou pas de cette présidentielle que le rejet d’encadrer l’opération, à l’échelle locale, est exprimé une nouvelle fois par des élus communaux de la wilaya de Tizi Ouzou qui, plus est, invitent leurs confrères à travers le territoire national à bouder la consultation présidentielle. Des présidents d’Assemblée populaire communale et le président de l’Assemblée populaire de wilaya (APW) de Tizi Ouzou viennent d’appeler leurs collègues à travers le pays à faire front commun et boycotter administrativement la présidentielle du 4 juillet prochain.
Dans une déclaration rendue publique, les édiles de la wilaya de Tizi-Ouzou ont souligné que la présidentielle du 4 juillet « ne constitue guère la réponse à la hauteur de la dimension et des aspirations légitimes des millions d’Algériennes et d’Algériens, qui descendent chaque jour dans la rue pour exiger le départ du système et l’avènement d’une nouvelle République et d’un Etat de droit ».
Le refus de la part des élus locaux, à assurer l’encadrement administratif, s’ajoute à celui des magistrats qui refusent, eux aussi, d’encadrer le scrutin. La position des magistrats a été affichée dès le lancement de l’opération portant sur la révision des listes électorales.
Cette «rébellion» n’a pas été sans conséquences ni représailles de la part des autorités publiques. Le porte-parole du Club des magistrats, Merzougui Saâd Eddine, avait dénoncé, à ce propos, « des pressions exercées sur les magistrats qui boycottent l’élection du 4 juillet et refusent de procéder à la révision des listes électorales». Il a précisé que ces pressions ont été exercées notamment sur les magistrats des Cours de justice de certaines wilayas de l’intérieur du pays. Dans son bilan provisoire de la remise des formulaires de souscription de signatures individuelles pour les postulants à la candidature à l’élection présidentielle, le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire a fait part de 70 intentions de candidatures. Sauf que, contrairement aux élections précédentes, le ministère de l’Intérieur ne fournit aucun nom des candidats à la candidature, ce qui ne manque pas de susciter des interrogations parmi les acteurs politiques. Pour rappel, le chef de l’Etat Abdelkader Bensalah, dans son allocution à la veille du premier jour du Ramadhan, a laissé entendre que toute autre solution que la tenue de l’élection présidentielle, le 4 juillet, serait synonyme d’incompréhension dangereuse. Et qu’elle mènerait au «vide constitutionnel» et à «l’absence d’Etat», ainsi qu’à entraîner le pays «dans la spirale de l’anarchie et la déstabilisation».<